Fille noir, fille blanche

C’est un étrange livre que nous a livré là Joyce Carol Oates : ce n’est pas un des pavés dont elle est coutumière, mais un roman dense et assez dérangeant. Ce récit d’une amitié impossible prend quelques codes du polar et nous donne une vision de la société américaine dans les années 70.

Le récit est fait par Genna Meade, jeune descendante de la bourgeoisie quaker de Pennsylvanie. Cette jeune fille blanche est abreuvée de la pensée progressiste et bien pensante et cherche absolument à ne pas se faire remarquer, à ce que l’on ne fasse pas le lien avec son aïeul, fondateur de l’Univertisté qui l’accueille.

Elle est très fière de partager sa chambre avec Minette Swift, noire, boursière, fille de pasteur, or celle-ci se révèle très distante, renfermée, presque asociale.

L’histoire familiale de Genna la rend fragile, sa mère est une ex-hippie dépressive, son père est un avocat activiste toujours absent, son frère a déserté la maison, et elle cherche à compenser ces vides par une amitié aveugle avec Minette. Tout les sépare et Genna ne supporte pas que le poids des préjugés, racistes ou sociaux, soit plus fort. Elle ne comprend évidemment pas les actes racistes dont Minette fait l’objet et l’impact sur celle-ci qui va petit à petit négliger ses études et en devenir malade.

Genna a un gros complexe de culpabilité qui la rend aveugle et sourde aux réalités, elle se rendra compte trop tard qu’elle a été manipulée, ce qui la rendra malade et déclenchera un autre drame.

Malgré un style assez sec, presque un procès-verbal, ce roman rentre dans l’intimité de Genna et évoque pas mal de choses de façon assez subtile : le poids des non-dits familiaux, de la différence de milieu et d’éducation, l’impact des mouvements activistes des années Vietnam…

Joyce Carol Oates – Fille noire, fille Blanche, traduit par Claude Sebban – Editions Philippe Rey 2008