Farenheit 2010

Ce récit de libraire est moins euphorique que le livre de Laurence Cossé Au bon roman et nous offre un autre aspect de ce métier. C’est tout autant un témoignage qu’un roman car l’auteur a su prendre suffisamment de distance avec le sujet, le traite avec pas mal de dérision et le rend plus universel.

Cette autofiction raconte les derniers mois d’un directrice de librairie dans « Lachaine ». Cette enseigne, filiale d’un groupe international d’agroalimentaire, résulte du rachat de « Lavraielibrairie » par « Lesboutiquiersdulivre », autrement dit 2 mondes complètement différents.
Evidemment, le patron vient de la seconde chaîne, il répond au doux vocable de « blondinet », accompagné par « amazone » à la RH, « monsieursans » aux finances et « Beurk » en guest star, consultant en management du groupe actionnaire.

Le roman se déroule en grande partie pendant un séminaire qui regroupe les directeurs de Lachaine, grand messe où blondinet annonce la stratégie et les restrictions. En contrepoint, la directrice raconte sa lente descente aux enfers, avec la direction du groupe qui lui impose de plus en plus et uniformise  la manière de faire, au détriment de son activité de libraire et de la spécificité de son point de vente. Le but n’est plus de vendre des livres, amis de fourguer des cartes de fidélité !

Le récit nous fait vivre les interrogations et les doutes (il n’est évidement pas évident de tout lâcher), mais aussi nous fait passer son amour de la littérature et nous comprenons combien elle est empêchée de faire le métier tel qu’elle le défend.

Les différents personnages sont des archétypes que l’on peut rencontrer dans nos entreprises filiales de grands groupes, ils y appliquent les mêmes méthodes et y font presque les mêmes dégâts… ce qui renforce l’empathie avec l’auteur.
Ce livre dépasse le règlement de comptes, c’est une vraie histoire, parfois drôle, racontée comme un roman et qui donne envie de découvrir plein d’auteurs.

Isabelle Desesquelles – Farenheit 2010 – Stock 2010