Mon évasion

J’ai grandi dans un monde fortement légitimiste, alors les féministes, on ne les prenait pas au sérieux. J’ai pas mal évolué depuis, même si j’aime jouer au macho pour énerver les copines, cela fonctionne tellement bien !

Je ne me suis pas vraiment penché depuis sur les écrits des féministes, je me mettrai sans doute jour à lire Beauvoir et les autres, même si j’ai été réticent jusque là ! J’ai beaucoup aimé le précédent livre de Benoîte Groult sur la vieillesse, La touche étoile, et je viens de lire son autobiographie. Ce livre est sympathique mais assez inégal. L’enfance est assez détaillée, mais son engagement féministe est évoqué au travers de conversations avec Josyane Savigneau et manque singuilèrement de force.

Jeune fille née dans un milieu privilégié, nièce du couturier Poiret, fille de décorateur, la vie dans le VIIe n’a pas été trop dure. Elle fait des études mais n’étant ni brillante intellectuelle, ni artiste, elle devient institutrice, au regret de sa mère. Elle quittera l’enseignement pour devenir secrétaire et évoluera à la radio puis dans le journalisme et écrira son premier livre assez tard.

Elle se marie pendant la guerre et devient rapidement veuve. La Libération lui permet de reprendre goût à  la vie en fréquentant les soldats américains, puis elle se marie avec un jeune journaliste, Georges de Caunes. Le mariage durera le temps de faire 2 enfants, mais elle décrit un beau salaud égoïste. Elle en profite pour évoquer les difficultés des femmes de l’époque à maîtriser la maternité. L’évocation des avortements clandestins ou l’usage de techniques plus ou moins artisanales fait froid dans le dos, et dire qu’il a fallu attendre la loi Veil pour que tout soit organisé (il y a encore plus de 200 000 IVG chaque année en France) !

Elle rencontre Paul Guimard et ils vivront une cinquantaine d’années ensemble. Paradoxalement c’est à partir de ce moment qu’elle en raconte le moins. Le couple a passé un genre d’accord à la Sartre et Beauvoir, elle reconnait que cela leur a permis de passer les années, mais aussi que cela n’a pas été simple tous les jours. Avec Guimard, ils achètent une maison en Bretagne et les pages sur la pêche à pied sont les plus beaux passages du livre. Cette passion de la mer et de la pêche les tiendra toute leur vie et elle en reparle à la fin, mais les 2 vieux qui s’accrochent à leur bateau sont un peu pathétiques.

Les derniers chapitres sont inintéressants et pourraient être écrits par n’importe qui : les petites filles envahissantes, le plaisir de se faire un lifting pour ne pas paraître vieille, le désir de bien finir…

Son combat féministe a démarré assez tard, et curieusement il est juste évoqué au travers de ses livres, Ainsi soit-elle ou Les vaisseaux du coeur. Elle reconnait qu’elle n’a pas été une théoricienne, c’est sans doute pour cela que son message est mieux passé, et à la lecture de ce livre elle ne semble pas très virulente, assez conformiste. Elle revient quand même rapidement sur les mutilations sexuelles qui ont été au coeur de Ainsi soit-elle, le pire c’est qu’elle dit qu’à l’époque cela n’émouvait personne…
Sa défense de la féminisation des noms est survolée. Cette féminisation à outrance est pourtant bien un truc qui m’énerve : je n’aime pas voir écrivaine, auteure et autre professeure. On ne parle pas de librairs ou de bibliothécairs quand c’est des mecs, et tant pis si je passe pour un vieux réac ! Ce n’est pas le combat le plus important mais à la lecture de cette autobiographie, on dirait que c’est à mettre au même plan que le reste, la force du symbole en quelque sorte.

Benoîte Groult – Mon évasion – Grasset 2008