Dolce Vita

J’ai entendu l’auteur parler de ce livre et j’ai été séduit. Sa lecture m’a laissé un peu plus perplexe, pas déçu mais troublé. L’histoire récente de l’Italie est tellement intriquée au récit de ce livre que j’hésite à le qualifier de roman ; c’est un mélange de d’épopée crépusculaire et de faits divers.

Le roman met en présence le prince Malo, un genre de Guépard dilettante et jouisseur, témoin passif de son époque, et Saverio, jésuite au passé assez trouble, proche des milieux extrémistes. Malo fait un récit assez complaisant de sa vie qui a bien des points communs avec celle des personnages décadents de Dolce vita et Saverio assiste un peu impuissant à cette confession impudique, sans aucun remord ni contrition.

Pendant que Malo menait une existence de dandy, l’Italie plongeait dans les années de plomb perturbées par les agissements des Brigades rouges et de l’extrême droite. Le roman rappelle les affaires, les attentats qui ont secoués l’Italie des Années 60 et 70 où se mêlent les intérêts du pouvoir politique, de la Mafia, du Vatican et de la franc-maçonnerie. Les faits et complicités sont plus évoqués que décrits et ce style allusif renforce l’impression de collusion qui a aussi abouti au scandale du Banco Ambrosiano et de la loge P2. Même les Brigades rouges semblent avoir été manipulées par les services de renseignements liés à l’extrême droite, mais il reste que ces années étaient violentes :  « en 1975 on mourrait pour rien, juste parce qu’on avait des idées politiques différentes ».

Au final, les pistes sont tellement brouillées que l’on ne sait pas bien qui est derrière les attentats (le premier se déroule Piazza Fontana à Milan en 1969), l’affaire Mattei, la mort de Pasolini ou la chute d’Aldo Moro. Il ressort quand même que toutes ces affaires sont liées d’une certaine façon à la guerre froide, la lutte contre le communisme, ce qui oriente les responsabilités (le Vatican n’est pas épargné non plus !).

Le contraste entre l’existence dorée de Malo et la vie politique italienne est saisissant. Malo regarde de loin mais connait les rouages de ce qui se déroule. Il considère que les années de plomb sont suivies des années de boue et que les différentes affaires et scandales préfiguraient Berlusconi (qui était membre de la loge P2). En quelque sorte, ce livre est le pendant de Romanzo Criminale de Giancarlo de Cataldo qui raconte la même période vécue par les bandits, avec les mêmes liens troubles.

Au final, ce livre est totalement envoutant. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, les faits divers sans liens apparents entre eux, les allusions à des événements ou des personnages que l’on ne connait pas vraiment ne rendent pas la lecture aisée, mais petit à petit tout s’articule, entre en résonance, rend le roman passionnant.

Simonetta Greggio – Dolce Vita 1959 -1979 – Stock 2010