Le monde de Simenon

J’ai cru longtemps que Simenon n’avait écrit que des Maigret ; et comme Maigret à la télé, c’était la bouse très France profonde du samedi soir avec Jean Richard (qu’est-ce qu’il jouait mal, le pauvre !)… Simenon était à éviter et je ne comprenais pas les éloges que l’on en faisait.

Plus tard, quelques films inspirés de Simenon (La vérité sur Bébé Donge, Le Chat, La Veuve Couderc, l’Etoile du Nord…) et des adaptations de Maigret avec Bruno Cremer m’ont donné envie de dépasser mes préjugés et j’ai effectivement découvert un auteur pas du tout manichéen, avec une analyse très fine des situations et de ses personnages, du vrai roman noir mais aussi une terrible description des petits travers de la société, un genre de Comédie humaine du XXe siècle.

Le Monde, conseillé par Pierre Assouline, juge d’ailleurs qu’il est temps de faire redécouvrir Simenon et nous offre cet été une série de 20 volumes de 3 romans regroupés par thèmes : Le monde de Simenon (livraison avec Le Monde du vendredi). J’adhère au projet et je vais avoir quelques Simenon dans ma (grosse) pile de livres à lire !

Le premier volume prend la Côte d’Azur comme prétexte, avec un seul Maigret. J’ai dévoré les deux premiers romans, je reprendrai un peu plus tard car il y a le dernier Fred Vargas qui me réclame !

La fuite de Monsieur Monde

Ce roman de 1945, sans crime ni commissaire, est une superbe introduction à Simenon.  Il nous raconte la fugue de Monsieur Monde, gros commerçant, bourgeois bien installé, à qui tout d’un coup son existence semble vide. Arrivé à Marseille, il sauve du suicide un jeune femme, Julie, et l’accompagne à Nice où ils travailleront dans une boite de nuit. Le hasard lui fait rencontrer sa première femme, déclencheur qui le fera revenir à son existence parisienne, égal à lui-même , « sans rêve ni ombre » comme si rien ne s’était passé.

Maigret s’amuse

Maigret est interdit de Quai des Orfèvres pour cause de vacances qu’il passe à Paris. Il s’ennuie un peu et suit « l’Affaire du boulevard Hausmann » par les journaux : l’épouse d’un médecin est retrouvée morte dans un placard du cabinet médical, elle était censée être en vacances à Cannes avec son mari, le remplaçant n’était pas sur les lieux à l’heure de la mort, et la bonne n’a rien vu… Maigret  ne peut s’empêcher de s’en mêler et trouve que les informations diffusées par les journaux manquent de précisions. Suivant l’affaire comme un citoyen ordinaire, il n’hésite pas à envoyer des messages (anonymes) à Janvier, son inspecteur en charge de l’affaire pour l’aiguiller.

Le charme de ce roman est dû à l’atmosphère « années 50 », mais aussi à l’environnement inhabituel : Maigret prend son temps, se promène dans Paris ou va au restaurant avec Madame Maigret (pas de prénom ?) qui lui donne son avis par petites touches et n’est pas qu’une ombre passive.

Le monde de SimenonLe Monde tous les jeudis (daté vendredi) de juin à octobre 2011 – 20 volumes de 3 romans