Ce que le jour doit à la nuit

Ce livre se déroule en Algérie dans les années 50 et tourne autour du personnage de Younes, jeune algérien. Tout commence par un drame : la ruine du père qui doit vendre ses terres et trouver de quoi survivre à Oran où il se réfugie. Ils habitent un logement misérable dans un quartier populaire.

Younes est confié à son oncle Mahi, pharmacien marié à Germaine, une française « algérienne depuis 4 générations ». Il devient Jonas et s’embourgeoise facilement, oubliant presque sa famille et facilement honteux de son père.

Mahi côtoie les nationalistes mais perd pied quand il est arrêté brièvement. Il emmène toute la famille dans un village pas très loin d’Oran, à Rio Salado où il achète la pharmacie. L’oncle plonge dans une espèce de dépression et Younes/Jonas grandit et devient ami avec les garçons du village qui forment un bande réunissant les français, les espagnols, les juifs… Jonas est l’arabe européanisé, donc acceptable.

Jusque là l’histoire est bien menée, assez classique mais juste, cela se gâte ensuite. Les garçons grandissent et deviennent amoureux de la même fille, mais Jonas s’y refuse pour une raison improbable et devient une espèce de zombie affectif, indifférent à tout. Khadra a dû vouloir en faire un cousin du Meursault de L’Etranger, mais il ne suffit pas d’être né en Algérie pour être Camus.

Jonas, fils gâté et bourgeois, est indifférent à tout, même à la guerre, et semble pencher du coté français. Il est un peu balloté par les évènements et y participe presque malgré lui. Personnage complètement égocentrique, il verra ses amis mourir ou partir d’Algérie avec une belle indifférence. Il les retrouvera dans les années 80 dans un épilogue assez peu crédible.

J’ai trouvé ce livre décevant, pas du tout convaincu par la seconde partie et encore moins par le personnage. Je veux bien que ce soit un héros malgré lui, mais il n’est pas crédible : il devient pharmacien par héritage, sans quitter le village et sans faire d’études ; la belle le supplie de l’aimer et il ne veut pas lui céder pour des raisons qui ne tiennent pas debout…. J’ai eu l’étrange sensation que ce livre avait été écrit par un nostalgique de l’Algérie française, j’ai trouvé Khadra plus inspiré dans les drames contemporains.

Yasmina Khadra – Ce que le jour doit à la nuit – Julliard 2008

Une réflexion au sujet de « Ce que le jour doit à la nuit »

  1. « Khadra a dû vouloir en faire un cousin du Meursault de L’Etranger, mais il ne suffit pas d’être né en Algérie pour être Camus. » +1 !

    Je suis ravie de lire ta critique ! J’ai également fait une critique de Ce que le jour doit à la nuit, et je t’invite à la lire sur mon blog : je me range de ton côté 😉

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