La Guerre et la Paix

Ce livre aussi connu sous le titre « Guerre et Paix » est juste le genre de livre que j’ai longtemps hésité à attaquer : il est vraiment énorme (plus de 1400 pages) et il faut un peu de temps devant soi. Les russes ont la détestable habitude d’appeler la même personne de 3 ou 4 manières différentes et, dans ce livre, Tolstoï ajoute les graphies françaises aux russes : c’est idéal pour s’y perdre !

J’ai eu la bonne idée de le commencer en vacances, c’est la période idéale pour avoir suffisamment de temps pour s’y plonger et je dois avouer qu’il faut passer quelques bonnes dizaines de pages pour s’y retrouver ; mais une fois que l’on est dedans, quel régal, quel plaisir de lecture ! Ce livre se déroule sur une 15e d’années à partir de 1805 et raconte la vie de familles de l’aristocratie russe. C’est plus qu’un roman, c’est tout à la fois un récit historique, une saga familiale, un roman social…

Le livre est structuré en chapitres courts regroupés en partie et tomes, ce qui permet une lecture assez facile bien que Tolstoï commence chaque partie et termine le livre par des considérations très théoriques, souvent abstraites et pas toujours intéressantes. 

La guerre

Les temps forts sont liés aux guerres napoléoniennes qui sont vues du côté russe : le livre commence à peu près à la bataille d’Austerlitz et se termine avec la campagne de Russie avec la bataille de Borodino (nom russe de la bataille de la Moskova), l’incendie de Moscou et la retraite. J’ai été surpris par la date retenue par Tolstoï pour Austerlitz : 20 novembre et non 2 décembre ; eh oui, j’avais oublié qu’il utilise le calendrier julien ! L’état d’esprit des soldats, l’attente avant les combats, les scènes de batailles sont vraiment très bien rendues, très vivantes car Tosltoï les raconte par des scènes détaillées au niveau des combattants.

L’état major de l’armée russe est un lieu de pouvoir et, évidemment, de rivalités, il y a d’ailleurs une dimension politique qui m’a un peu échappée car je ne suis pas complètement au fait des coteries de la cour impériale. Il y a l’opposition des généraux « allemands » et des russes tout au long des campagnes et surtout Tolstoï défend la position de Koutouzov, généralissime contesté de la campagne de Russie, qui a évité au maximum l’opposition avec l’armée française, a reculé devant elle au point de lui laisser Moscou et n’a pas cherché à l’exterminer par des combats répétés.

La campagne de Russie, commencée avec la prise de Smolensk, a été marquée par la  bataille de Borodino qui a occasionné 90 000 morts (la moitié de l’armée russe et un gros tiers de l’armée française), elle s’est poursuivie par la prise de Moscou, rapidement abandonnée, et la retraite de l’armée française ponctuée des batailles de Taroutino, de Krasnoïe et le désastre du passage de la Berezina. Pour Tolstoï, il existe une espèce de déterminisme qui fait que les forces françaises étaient forcément condamnées à perdre car l’invasion de leur territoire a poussé l’ensemble du peuple russe à la résistance et motivé les soldats.

Au début du livre, au moment d’Austerlitz et des accords de Tilsitt, Napoléon est un héros pour beaucoup des protagonistes mais il est détesté à partir du moment où il envahit la Russie.

La paix

Il est impossible de résumer ce livre et de citer tous les personnages : à chaque famille, s’agrègent une parentèle, les domestiques et des relations.

Famille Bezoukhov

Le comte Pierre Kirillovitch Bezoukhov est habituellement appelé Pierre. Fils légitimé d’une très grosse fortune, d’abord marié à la princesse Hélène, il épouse Natacha Rostov après avoir été capturé par l’armée française à Moscou. C’est une personnage un peu velléitaire, porté par les évènements, en quête d’un idéal qu’il pense trouver dans la franc-maçonnerie, dans la religion ou la révolution. Il est aussi appelé Besuhov, à la française. Sa quête spirituelle perpétuelle inspire Tolstoï, mais le résultat est quelques pages de considérations morales assez pénibles.

Famille Rostov

Le comte Ilia Andreievitch Rostov et son épouse Natalia ont plusieurs enfants et terminent ruinés.
Nicolas Rostov, comte Nicolas Ilitch Rostov, est un jeune officier qui pense épouser sa cousine Sonia malgré l’opposition de sa mère qui souhaite le voir épouser une riche héritière. En définitive, il épouse la princesse Maria qu’il aime et admire sincèrement. On voit jeune officier insouciant et dépensier se calmer et  prendre goût à la vie militaire avant de devenir un administrateur avisé de ses domaines.

Natacha Rostov, comtesse Natalia Ilinitchna Rostov, est LE personnage féminin du roman. Adolescente, elle est amoureuse du prince André qu’elle abandonne pour Anatole Kouraguine. Après la bataille de Borodino, elle retrouve André agonisant puis devient l’épouse de Pierre.

La famille Rostov comprend aussi Vera, la sœur aînée marié à Berg, un officier opportuniste ; Sonia, Sophie Alexandrovna Rostov, cousine élevée avec les enfants Rostov et Petia, comte Pierre Ilitch Rostov, fils cadet qui s’engage à l’arrivée des français et meurt lors de l’attaque de Taroutino.

Famille Bolkonski

Cette famille est dominée par le Prince Nicolas Andreievitch Bolkonski, vieil autocrate acariâtre. Ses deux enfants sont des personnages centraux du livre.
Le prince André, Prince André Nikolaievitch Bolkonski, est largement le plus complexe des héros.Lorsqu’il participe à la bataille d’Austerlitz, c’est un officier d’état-major ambitieux, qui admire Napoléon et rêve de gloire. Quasiment aussi idéaliste que son ami Pierre, il se donne toujours les moyens de mettre en œuvre ses idées et s’engage en politique du coté des réformateurs. Rapidement veuf de Lise qui lui laisse un fils, le petit Nicolas, il s’éprend de Natacha mais ne supporte pas son inconstance. Mortellement blessé à Borodino, il se retrouve à fuir Moscou avec les Rostov et des derniers jours seront adoucis par Natacha qui redevient sincèrement amoureuse de lui et à qui il a pardonné.

Sa sœur est  la princesse Maria, princesse Maria Nikolaievna Bolkonski, aussi appelé Marie ou Macha. Souffre douleur de son père le prince Nicolas Andreievitch, elle refuse néanmoins de se marier pour ne pas l’abandonner. Sa vie semble consacrée à ce vieillard et à son neveu lorsqu’elle rencontre Nicolas Rostov. Ils se retrouvent après la mort du père et du prince André, Nicolas hésite à s’engager car il est ruiné mais un sentiment très fort les unit et ils formeront un couple heureux (Maria devient la comtesse Maria Nikolaievna Rostov).

Famille Kouraguine

Même si les personnages de Tostoï ne sont pas manichéens, on tient là une belle série de méchants et d’abrutis !

Le prince Vassili, prince Vassili Sergueievitch Kouraguine, aussi appelé le prince Basile, est un politique sans trop de scrupules. Malgré ses manigances, il ne réussit pas à capter l’héritage de Pierre et il est bien heureux de le voir épouser sa fille, la Princesse Hélène.

La princesse Hélène, Hélène Vassilievna Kouraguine épouse Bezoukhov mais celui-ci la considère comme idiote et s’en sépare assez vite, dès qu’il a un doute sur sa fidélité. C’est une femme de cour, célèbre dans tous les salons, qui se mêle de politique, du coté conservateur.

Les fils Kouraguine, Anatole et Hippolyte, ne valent pas beaucoup mieux : Hippolyte est un idiot parfait qui fait son effet dans les salons et le prince Anatole Vassilievitch Kouraguine dilapide sa fortune et court après les filles. C’est lui qui séduit Natacha et fait capoter le projet de mariage avec le prince André.

C’est impossible de résumer ce livre, avec tant de personnages et d’histoires. Je ne suis pas fan des digressions de Tolstoï, de ses théories morales ou historiques, mais l’essentiel du livre est dans la vie de ses personnages. Un des scènes les plus vivantes est la chasse à courre de Nicolas dans ses domaines et la soirée chez son oncle qui suit.

Léon Tostoï – La guerre et la paix, traduit par Elisabeth Guertik