Freedom

Ce roman a été célébré dans tous les magazines comme l’indispensable de cette rentrée, au point que l’on a l’impression qu’il n’y a que « Freedom » et « 1Q84 » qui méritent d’être lus. J’attends la fin de la trilogie pour attaquer Murakami et je vais me rabattre sur les vieux livres si les autres parutions ne sont pas meilleures que Freedom.

J’avais énormément apprécié Les Corrections du même auteur mais je suis déçu par celui-ci. J’ai eu du mal avec ce pavé de plus de 700 pages, je pense que Franzen a été trop ambitieux et surtout le style assez poussif fait supposer qu’il est mal traduit, pourtant il y a de bonnes choses et de quoi faire un très grand roman.

Sur fond d’actualité, Franzen nous livre la saga de la famille Berglund des années 70 à 2010. Walter et Patty Berglund se sont rencontrés à l’université dans le Minesotta. Elle était autant attirée par Walter que par Richard Zack, son colocataire. Richard est sérieux, fils méritant de famille pauvre, alors que Richard est plutôt sale gosse et ne vit que pour la musique. Patty choisit Walter et peut réaliser son rêve de devenir une mère au foyer exemplaire. Les relations avec leurs deux enfants sont complexes : l’aîné, Joey, est très indépendant et proche de sa mère mais à l’opposé de son père qui le comprend pas ; Jessica semble plus lisse mais elle sert de trait d’union entre ses parents.

Patty fait un grosse dépression et a une aventure rapide avec Richard, l’ami de fac avec qui la famille est restée en relations. Là-dessus, tout le monde quitte St Paul pour aller dans l’Est, les enfants pour l’Université, les parents à cause du nouveau job de Walter, responsable d’une fondation qui détruit la nature et s’allie aux charbonnages sous prétexte de protéger une espèce d’oiseau. Il va tomber dans les filets de son assistante et se consolera avec elle quand il rompra Patty après avoir découvert son aventure. Walter est un grand naïf et un être assez droit, écolo sincère, il pétera les plombs à force d’être tiraillé par ses compromissions et les magouilles de ses bailleurs de fonds.

Pendant ce temps, Joey a une relation affective et sexuelle compliquée avec sa petite amie, qu’il fréquente depuis le début de son adolescence. Il songe d’abord à la quitter mais elle ne vit que pour lui et il l’épouse en cachette de ses parents. C’est un personnage intéressant, sans doute celui qui est le plus réussi : républicain dans une famille démocrate, indifférent aux évènements et aux conséquences du 11 Septembre, il va s’éclater dans des magouilles juteuses sur fond de fourniture à l’armée en Irak, prendre conscience de ses dérives et revenir vers son père.

De son coté, Patty renoue avec sa famille après sa séparation. C’est une déviation de plus dans ce livre qui s’éparpille, ce morceau d’histoire permet d’avoir quelques spécimens supplémentaires dans la galerie de personnages mais n’apporte pas grand chose au roman.

Le principal défaut de ce livre est sa longueur, j’ai souvent eu l’impression de remplissage dans les descriptions minutieuses. Si la relation psychologique entre les personnages est bien analysée, il y a quelques grosses faiblesses dans l’histoire, notamment la fin brutale de la relation extraconjugale de Walter, une fin un peu téléguidée et une volonté de dénoncer les magouilles qui plombe le rythme du roman. Franzen s’adresse sans doute à des américains qui doutent encore que Georges W Bush et sa clique ont privilégié leurs intérêts, que le réchauffement climatique et ses conséquences sont réels, que les mines  à ciel ouvert détruisent l’environnement ; etc. mais les démonstrations sont lourdes et il est meilleur dans le roman psychologique que le roman à thèse.

Jonathan Franzen – Freedom, traduit par Anna Wicke – L’Olivier 2011