En avant, route

Voici un livre sympa et plein d’humour qui démystifie les chemins de Saint Jacques : Alix de Sait André a fait 3 fois le pèlerinage et elle raconte de façon enjouée et très vivante son expérience.

On ne connaîtra pas sa propre motivation pour cette aventure, sans doute religieuse à l’origine car elle est croyante et pratiquante mais presque anticléricale (elle est d’accord avec son père qui espère que Dieu est moins con que les curés).

Son premier pèlerinage a démarré à Saint Jean Pied-de Port, le dernier en Touraine. Commencé solitaire, elle noue rapidement des relations avec les compagnons de route qu’elle retrouve aux étapes et qu’elle accompagne. Ce compagnonnage est vraiment le fil conducteur du livre car il se renouvelle en permanence lors de ses trois périples, sans doute favorisé du fait qu’elle parle espagnol. Un de ses compagnons dit joliment  du pèlerinage : au début on est ébloui par les paysages, on ne retient que les visages.

Alix de Saint-André a un vrai talent de conteur et nous présente des personnages attachants aux motivations multiples : le simple défi sportif, le retour sur soi, la quête des autres… Tout ce petit monde cohabite plus ou moins bien mais on sent une grande tendresse envers ces compagnons de route et elle nous fait partager des moments de vie, de joies et de peines. On voit bien que tout n’est pas facile tous les jours, mais elle privilégie le coté hédoniste et bon vivant de ses compagnons et ils développent ensemble un catéchisme tout à fait acceptable :

La bière est la meilleure preuve de l’existence de Dieu.

complété ultérieurement

Si la bière est la meilleure preuve de l’existence de Dieu,
essayes le Rioja, c’est la preuve que Dieu est bon !

On est loin des envolées lyriques et mystiques et le livre raconte aussi le quotidien : la sagesse rentre par les pieds. Pour le chemin de Saint Jacques, il faut valider à chaque étape sa crédentiale, carnet de route  qui donne la possibilité d’avoir la compostella, le certificat final, et il faut faire au minimum les 100 derniers kilomètres pour l’obtenir. Le chemin, c’est aussi un sac équilibré (10% du poids du bonhomme), la lutte perpétuelle contre les ampoules et les tendinites, les ronflements dans les gites… Elle râle volontiers contre les hospitaliers trop rigoureux ou négligents mais elle est élogieuse envers la plupart.

Alix de Saint André – En avant, route – Folio 2011