Mise au tombeau

J’aime beaucoup la sculpture religieuse du XVe siècle. J’ai pu récemment en profiter lors de l’expo France 1500 et surtout à Troyes, en Bourgogne et à Amiens. Ces statues sont souvent polychromes et je leur trouve une beauté particulière.

La Mise au tombeau est un thème qui revient régulièrement et nous donne des groupes sculptés impressionnants, souvent à taille réelle. Cette scène est le dernier épisode de la Passion raconté par les Évangiles : le corps de Jésus est réclamé par Joseph d’Arimathie pour l’ensevelir en urgence avant le sabbat. Le premier que j’ai rencontré se trouve dans la cathédrale de Quimper. Ce serait le moulage d’un original du XVIe situé à Bourges.

Quimper
Quimper

J’en ai vu un autre dans le Finistère (mais je ne sais plus où !). Un petit tour en Champagne et en Bourgogne m’a fait découvrir ceux de Chaource, de Tonnerre et de Semur-en-Auxois.

Quelque part en Bretagne...

Il peut y avoir des personnages supplémentaires mais on retrouve habituellement la même structure dans ces groupes sculptés : Jésus dans un linceul, Joseph d’Arimathie à la tête et Nicodème aux pieds ; Jean qui soutient Marie et 3 femmes : Salomé, Marie de Magdala et Marie Cléophas, les 2 dernières portant les pots pour l’embaumement. Le motif peut présenter des variantes : plus proche de la Descente de croix, avec Marie qui soutient Jésus, ou de l’ensevelissement, où les hommes tiennent ou soulèvent le suaire.

Les récits des évangélistes varient mais tous sont au moins d’accord sur la présence de femmes à la crucifixion et sur le rôle de Joseph. Les femmes présentes accompagnaient Jésus depuis la Galilée et subvenaient aux besoins de son groupe. Le nombre de femmes n’est pas défini, de 2 à 5 ou 6 : en plus de Marie, sa mère, on parle notamment de Marie de Magdala, Marie Cléophas et Salomé. Jean parle de la mère de Jésus et de « l’autre Marie » au pied de la croix, ce n’est pas très précis.
Marie de Magdala (Marie Madeleine) avait déjà oint Jésus lors d’une réception et ira au Sépulcre pour l’embaumement le lendemain du sabbat, c’est la première à découvrir le tombeau vide et à voir Jésus ressuscité. Elle est assimilée, peut-être à tort, à la pécheresse qui avait versé du parfum sur les pieds de Jésus ; d’autres versions penchent plutôt pour Marie de Béthanie, la sœur de Marthe et Lazare.
Salomé est la « mère des fils de Zébédée » (Jacques le Mineur et Joset [Joseph]) et Marie Cléophas est la mère de Jacques le Majeur (celui de Compostelle ), elle accompagne sans doute Marie Madeleine au Sépulcre pour l’embaumement. On ne sait pas si elle est liée à Cléophas (Clopas) qui rencontre Jésus à Emmaüs.

Le rôle de Joseph d’Arimathie est reconnu : il demande le corps de Jésus à Pilate, procède peut-être lui même à la descente de croix et met le corps dans une tombe neuve, sans doute la sienne. Il est accompagné de Nicodème, dignitaire juif. On parle beaucoup de leur rôle dans l’apocryphe Actes de Pilate : Joseph est enfermé par les autorités religieuses juives mais il est délivré miraculeusement et voit Jésus ressuscité. Il est défendu par Nicodème qui avait déjà pris le parti de Jésus contre le reste du Sanhédrin. Le rôle de Joseph est aussi magnifié par la littérature puisqu’il est à l’origine du mythe du Graal.

Il n’y avait pas d’apôtres au pied de la croix, à part Jean qui revendique une présence non confirmée par les autres textes mais entérinée par la tradition.

Le groupe sculpté par le Maître de Chaource en 1515 est enfermé dans une petite chapelle de l’église paroissiale, il est complété par deux gardes qui sont à l’entrée et surveillent la porte.

Chaource

Celui de Tonnerre a été réalisé en 1454, peint à l’origine. Un des personnages est habillé à la mode bourguignonne de l’époque, il s’agirait du donateur. La sculpture est située (cachée ?) dans une sacristie du très bel Hôtel Dieu créé au XIIIe siècle par Marguerite de Bourgogne, veuve de Charles d’Anjou, frère de Louis IX et roi de Naples.

Tonnerre
Tonnerre

Celui de Semur-en-Auxois date de 1490 et se laisse deviner dans une chapelle latérale fermée de la Collégiale Notre-Dame.

Semur en Auxois

Je pensais que le motif était plutôt septentrional, et voilà que j’en retrouve un à Moissac, daté de 1485. Il semble qu’il y en ait une quarantaine en France, dont Solesmes, Arles, Pontoise, Le Mans, quelques idées de destination.

Moissac

Le Concile de Trente a revu tout le dogme : seuls les anges sont dignes de porter le Christ dans sa tombe…  avec la Contre-Réforme et le développement du baroque, le sujet a été abandonné comme thème de sculpture au profit des Pieta représentant Marie pleurant le corps de son fils. Heureusement, certains peintres ont continué à donner leur vision de la chose.

Mise au tombeau par Le Caravage