Garamont et Garamond

Ce n’est pas les Dupond&t, c’est l’orthographe différente entre l’homme et son œuvre : Claude Garamont a créé les caractères Garamond. On célèbre cette année le 450e anniversaire de sa mort, mis en avant par un très beau site du ministère de la Culture : garamond.culture.fr. Livres hebdo a participé à cet hommage en composant entièrement un numéro avec cette police et ce numéro était d’une lisibilité exceptionnelle, même les rubriques écrites en caractères minuscules !

Au XVIe siècle, l’imprimerie est un art encore débutant où les typographes cherchent à rendre le texte le plus lisible possible. L’ambiance est à la redécouverte des Anciens et il faut que les caractères utilisés aient la simplicité et la lisibilité des épigraphes romaines. Les premiers caractères « romains » sont créés à Venise et popularisés par Alde Manuce, Garamont s’en est inspiré pour graver des caractères originaux qui ont connu un grand succès.

Claude Garamont est un des premiers à se spécialiser, à avoir un atelier de gravure et de fontes de caractères indépendant d’une imprimerie et à commercialiser ces jeux de caractères. A la demande de Robert Estienne, imprimeur du Roi, il crée les caractères « grecs du roi » encore conservés à l’Imprimerie nationale. On n’a plus d’original des poinçons de son caractère romain, à qui on a donné son patronyme, et qui a été copié et utilisé jusqu’au XIXe, avant d’être redécouvert au XXe (on y reviendra ! et c’est ici).

En effet, ce caractère d’imprimerie est toujours d’actualité : la Pléiade publie ses livres avec un Garamond recréé en 1926 par la fonderie Deberny et Peignot ; Actes Sud utilise la version ITC Garamond de 1977 ; Allia et POL ont choisi le Plantin, dérivé et très proche du Garamond. Même Apple a longtemps utilisé du Garamond (Apple Garamond, version condensée du ITC Garamond) pour son logo, sa charte graphique et son marketing !

L’histoire de Garamont et de la création de ses caractères est admirablement évoquée dans un roman historique d’Anne Cunéo : Le maître de Garamond. Au travers de l’histoire d’Antoine Augereau, formateur et beau-père de Garamont, Anne Cunéo raconte l’effervescence intellectuelle de la Renaissance, l’opposition de la Sorbonne aux évolutions et aux idées nouvelles, la recherche du caractère le plus lisible possible et les innovations typographiques. Elle nous plonge dans ce milieu d’érudits et d’imprimeurs de la Renaissance et nous fait vivre les débats autour de la Réforme. Ce roman est bien évidemment composé en Garamond, même l’édition de poche !

Anne Cunéo – Le maître de Garamond – Bernard Campiche & Stock 2002