17 octobre

Tout le monde n’a pas la chance de Victor Hugo d’avoir son anniversaire le jour d’un grand évènement « ce siècle avait deux ans, patati, patata ». Le 17 octobre est mon anniversaire et c’est la date la faillite de Law en 1722 ; de la bataille de Saratoga (1777) qui voit les insurgents vaincre les anglais ; de la défaite des Vendéens à Cholet (1793) ; du Traité de Campo-Formio (1797) où Bonaparte impose ses conditions aux autrichiens et du 1er choc pétrolier en 1974 ! Le 17 octobre le plus marquant est celui dont on commémore le 50e anniversaire :  la répression sanglante à Paris en 1961 d’une manifestation d’algériens.

Dans le contexte de fin de guerre d’Algérie, les attentats continuaient alors même que les négociations étaient bien avancées entre le gouvernement français et le GRPA. Les victimes étaient des algériens assassinés par des mouvances rivales, des travailleurs qui refusaient tout simplement de payer l’impôt révolutionnaire et des policiers, ce qui ne plaisait pas aux autorités (les autres ne comptaient pas vraiment).

Le préfet de police est alors Maurice Papon, l’ami de Mitterand et des nazis qui a organisé les rafles de juifs sous Vichy. Toujours en lutte contre le FLN et pour éviter que les rebelles circulent librement, il déclare un couvre-feu pour les « travailleurs algériens musulmans ». Papon a tenu à plusieurs reprises des propos qui poussaient la police aux excès, en annonçant que pour un coup reçu, il en porterait 10 ou assurant les policiers qu’ils seraient couverts s’ils tiraient les premiers.

Pour lutter contre les brimades continuelles et pour montrer l’inutilité de cette législation d’exception, le FLN organise un manifestation le 17 octobre sur les Champs-Elysées, à partir de 20h30 (heure du couvre-feu !). La mobilisation est massive, plus de 30 000 personnes se retrouvent sur les Champs mais aussi vers Opéra ou République.  Les policiers sont armés de longues matraques de bois, les « bidules », et la répression est dure et violente. Près de 12 000 personnes seront arrêtées et regroupées dans des stades et passées à tabac pendant 4 jours. Certaines sources ne donnent qu’une trentaine de morts, il y en aurait plus de 200, voire 300. Certains ont été noyés, ils n’ont pas été jetés dans la Seine ; ce serait juste un maladresse de leur part, il ne savaient pas bien nager…

Cet évènement d’octobre 1961 est souvent confondu avec le massacre du métro Charonne perpétré le 7 février 1962. Il s’agit de la répression d’une manifestation organisée par le parti Communiste et les partis de gauche pour dénoncer l’OAS. La manifestation est interdite et la police charge les manifestants qui se retrouvent coincés contre les grilles du métro à la station Charonne, occasionnant 8 morts (+1 qui décède de ses blessures). Toutes les victimes étaient des français militants de gauche, communistes ou syndicalistes. Cet épisode est devenu le symbole de la répression de la violence de l’Etat policier, c’est plus facile d’honorer des français que des algériens, même à gauche… d’où l’amalgame des 2 évènements.

Les accords d’Evian ont été signés le 19 mars 1962, mettant fin à ces combats.