Les sentiers du ciel

Ce récit de guerre se déroule en Italie en 1863, mais il est complètement intemporel et fait penser à bien des histoires qui se sont passées pendant le Guerre d’Algérie ou au Vietnam.

En Toscane, chaque village a une plaque rappelant les résultats du référendum de rattachement à l’Italie naissante. Le vote pour le « Oui » a toujours été massif et j’ai vite fait de croire qu’il en a été de même dans toutes les provinces alors que ce livre nous rappelle que cela a été beaucoup plus douloureux dans le Sud.

En Calabre, de nombreux rebelles rejettent le nouvel état italien, pas tant par regret de la tyrannie des Bourbons, surtout pour protester contre la mise à l’écart des fonctionnaires et soldats des Bourbons, les nouveaux impôts, la conscription et le maintien des gros propriétaires qui les affament. L’escadron du major Albertis est à la poursuite d’une bande lorsqu’ils découvrent que le domaine du baron Pietramala a été mis à sac, les occupants massacrés et la gouvernante des enfants enlevée. Le bataillon poursuit les rebelles emmenés par Evangelista Mancuso, dit Boccadoro, qui va lui imposer une défaite sanglante, emmenant en otage les enfants Pietramala et un de ses capitaines.

Avec la bénédiction de ses chefs, Albertis repart avec une petite escouade, accompagné d’un repenti qui veut se venger de Boccadoro. Ces militaires vont tout faire pour arriver à leur but, massacrent les villageois rencontrés pour éviter qu’ils ne préviennent les rebelles et se transforment en une colonne infernale impitoyable qui viendra à bout des rebelles.

Ce roman est violent et confronte les italiens du Nord, piémontais, ombriens ou toscans, aux calabrais qui leur semblent encore plus étrangers que les autrichiens contre lesquels ils ont combattu si souvent. La dureté se retrouve dans le paysage de montagne, dans la froideur de l’automne, dans les gens abandonnés de tous. La haine des envahisseurs brutaux, violents, dévastateurs, colonialistes est tellement forte que l’on sent qu’elle restera au travers des générations et que les habitants du Sud auront du mal à se réconcilier avec ceux du Nord et à faire partie du même Etat.

Luigi Guanieri – Les sentiers du ciel, traduit par Marguerite Pozzoli – Actes Sud 2010