Judith et Holopherne

La découverte du tableau de Caravage : Judith et Holopherne a été un vrai choc, le début d’une passion pour ce peintre majeur. Je recommande fortement sa biographie par Dominique Fernandez : La course à l’abîme.

Caravage

Caravage a fortement marqué l’histoire de la peinture et son style, le jeu de lumière, a été repris par les caravagesques. J’ai récemment parlé d’Artemisia à l’occasion de l’expo qui se déroule à Paris, elle a repris le style mais aussi le sujet, avec un Judith moins dégoûtée mais tout aussi résolue.

Artemisia

Judith est une héroïne juive célébrée par un des Livres de la Bible. Le Livre de Judith n’est pas exact au niveau historique, c’est plutôt une allégorie et une incitation à ce que le peuple Hébreux reste fidèle à son Dieu qui le rend invincible ; Judith, féminin de Juda, veut simplement dire « la juive ».

Le roi de Ninive, l’assyrien Naduchodonosor, se bat contre les Mèdes dirigés par Arphaxad. Il obtient quelques appuis mais ses demandes d’alliance envoyées au monde entier, jusqu’en Ethiopie, restent sans réponse. Après avoir vaincu Arphaxad à Ecbatane, il décide de se venger de l’offense qui lui a été faite et veut conquérir tous les royaumes qui se sont refusés à lui avec une formidable armée de 120 000 fantassins et 12 000 cavaliers.

Son général en chef, Holopherne commence la campagne et soumet facilement Tyr, Sidon Ascalon… Ces peuples se sont soumis volontairement et il ne rase que leurs temples, Nabuchodonosor voulant être le seul à être honoré.

Quand Holopherne arrive en Judée, il est surpris de voir qu’une résistance s’est organisée et que les défilés montagneux sont bien défendus. Les hébreux se défendent d’autant plus qu’ils seraient revenus d’exil depuis peu (c’est donc un autre Nabuchodonosor qui les a emmenés à Babylone). Arrivés devant la citadelle de Béthulie, Achior, un des chefs Ammonites, prévient Holopherne que les Hébreux sont invincibles s’ils respectent les commandements de leur Dieu, que sa seule chance de les battre est qu’ils s’en éloignent. Cela ne plait pas et Achior est envoyé chez les Hébreux qui sont censés lui faire un sort.

Cranach

Holopherne assiège Béthulie et condamne l’accès aux sources si bien qu’au bout d’un mois le peuple gronde et préfère se rendre que de souffrir ainsi. Osias et les hiérarques de la cité demandent 5 jours de réflexion et de délai.

C’est là qu’entre en scène Judith veuve de Manassé, tous deux descendants d’Israël. Judith est riche et belle, très pieuse et respectée.  Elle reproche aux chefs de Béthulie, Osias, Chabris et Charmis, d’envisager la rédition, de ne pas croire que Dieu va les aider et les prévient qu’elle prend les choses en main. Elle quitte les habits de veuve qu’elle porte depuis plus de trois ans, se pomponne pour exciter les soudards et, accompagnée de sa servante préférée, va voir les Assyriens et demande à voir Holopherne. Elle conforte les dires d’Achior et lui annonce que les Juifs vont très bientôt contrevenir à la Loi (ce qu’elle refuse), qu’elle le saura par ses prières, le préviendra et qu’il pourra les cueillir facilement.

Conquis, le général la laisse agir à sa guise, accepte qu’elle ne mange que ce qu’elle a apporté (elle conforte son rôle) et  lui permet de quitter le camp tous les soirs pour honorer son Dieu. Le 4e soir, Holopherne organise un banquet pour elle, avec l’intention de la mettre dans son lit, mais il se saoule et s’endort avant. Judith en profite pour lui couper la tête avec son glaive, la met dans le panier où la servante garde ses provisions et quitte le camp comme les autres soirs.

Elle emmène la tête à Béthulie et la fait accrocher sur les remparts. Le lendemain matin, les assiégés attaquent et c’est en donnant l’alerte que l’on découvre qu’Holopherne est raccourci alors qu’on le croyait en galante compagnie… C’est la panique,  les Assyriens s’enfuient poursuivis par les Hébreux de Béthulie, vite rejoints par ceux de Jérusalem et des autres régions. La formidable armée est repoussée jusqu’à ses frontières et son camp est pillé pendant 30 jours.

Judith est célébrée par tout le monde mais rentre chez elle, affranchit sa jeune servante, ne se remarie pas et meurt à 105 ans.

Une réflexion au sujet de « Judith et Holopherne »

  1. Venant de redécouvrir la Judith et Holopherne de Lucas CRANACH, et avant d’aller voir l’exposition parisienne, cet article tombe à point nommé pour se replonger dans les différentes versions, merci!

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