Cas de conscience

Pierre Joxe est un homme politique qui a marqué les années Mitterand, ministre de l’Intérieur puis des Armées, il a ensuité été Président de la Cour des comptes et membre du Conseil constitutionnel, fonction qu’il vient tout juste d’abandonner.

Ce livre a l’intérêt de ne pas être des mémoires complets mais de s’arrêter sur des instants de sa vie politique qui l’on fait réfléchir sur son éthique. Le style y est parfois un peu confus, mais je n’attendais pas un chef d’oeuvre littéraire.

Il commence par évoquer son passage sous les drapeaux, lieutenant pendant la Guerre d’Algérie, il retrace assez bien le contexte insurrectionnel antidémocratique qui l’a amené à jouer le censeur de l’Echo d’Alger.

Sa seconde étape est une plongée dans les magouilles de l’aménagement du territoire des années 60. Joxe est jeune magistrat de la Cour des comptes et devine assez rapidement que de formidable spéculations se mettent en route, avec certains acteurs proches du pouvoir. Naïf, il en informe juste sa hiérarchie qui s’empresse de temporiser.
Il est un peu plus virulent quand il s’occupe de l’ORTF, mais sans vrai pouvoir puisque son rapport est enterré et sans suite. C’est à ce moment qu’il quitte la fonction publique et s’engage auprès de Mitterand.

Je le crois assez sincère et droit et je pense qu’il a vraiment été animé par de vrais valeurs de gauche. Mais 2 épisodes de sa carrière de ministre nous montrent que l’intégrité d’un ministre n’a pas beaucoup de poids à côté des manoeuvres politiques ; à chaque fois le dilemne est : démissionner et affaiblir les siens ou se taire et laisser croire que l’on cautionne. Il nous dresse à son corps défendant un portrait en creux d’un Mitterand manipulateur et retors, ce qui ne surprend pas trop.

La 3e partie, la plus importante, est réservée aux juristes. Elle évoque son expérience au Conseil constititionnel à l’aide de 3 exemples : pénal avec les lois Perben, social avec le CPE et médias avec la nomination du président de France Télévision. Son but n’est pas de dévoiler les débats, son devoir de réserve l’en empêche, mais d’illustrer le besoin de transparence et de publication des avis contraires qui ont alimenté le débat. Nous serions le seul pays démocratique dont l’instance supérieure à ne pas le faire (par ex Cour suprême des USA le fait), ce que j’ai compris de son argumentation plaide en sa faveur.

Pierre Joxe – Cas de consience – labor et fides 2010