La réserve

A peine sorti du New York du XIXe, je retrouve cette classe aisée dans un roman qui se déroule en 1936. Ce n’est pas l’ambiance de Wharton, cette histoire est beaucoup plus âpre.

La famille Cole possède une résidence dans la Réserve, un domaine de pêche et chasse situé dans les Adirondacks où ils y retrouvent leurs amis de la bourgeoisie new yorkaise. Ils reçoivent la visite de Jordan Groves, peintre et graveur qui ne réside pas loin et vient en avion. Vanessa, la fille des Cole est attirée par Jordan qui a une réputation un peu sulfureuse de communiste et de bohème. Jordan se méfie de cette fille qu’il sent dangereuse ; son couple semble battre de l’aile, il a eu bien des aventures mais n’est jamais tombé amoureux d’autres femmes.

La mort de son père va déclencher une crise chez Vanessa qui a déjà été soignée pour humeur instable. Elle refuse que sa mère l’envoie se faire soigner en Europe et la séquestre dans leur chalet. Hubert, le garde forestier qui entretient la maison des Cole, et Jordan se trouvent pris au piège de la folie de Vanessa et vont devoir l’aider.

Les personnages de Banks sont tous bien campés et complexes. Leurs failles, leurs regrets, sont souvent un des moteurs de leur comportement, sans qu’une introspection trop poussée alourdisse le roman. L’histoire et la tension montent régulièrement en puissance. De courts chapitres s’intercalent dans le récit, les premiers semblent raconter une autre histoire mais on comprend assez vite qu’il s’agit du devenir des personnages presque un an plus tard, c’est une belle réussite stylistique.

J’avais lu De beaux lendemains de Banks, sans enthousiasme. Après avoir lu ce roman et American Darling, je comprends mieux pourquoi Russel Banks est célébré comme l’un des grands auteurs américains contemporains.

Russel Banks, La réserve, traduit par Pierre Furlan, Actes Sud 2008