Le petit saint

Enfin un Simenon qui ne fout pas le bourdon ! je ne vais pas dire que c’est un livre gai et joyeux mais je vais terminer cette série par une note (presque) optimiste.

Nous sommes à Paris, rue Mouffetard, au tout début du XXe siècle. Gabrielle est marchande des quatre-saisons, elle va remplir sa charrette tous les matins aux halles et élève seule ses enfants. C’est une vie assez miséreuse où tout le monde se côtoie dans une seule pièce mais la mère semble heureuse et ses amants changent souvent.

Les enfants sont nés de pères différents et ne se ressemblent pas : Vladimir, l’aîné, est un garçon dur et autoritaire ; Alice se consacre à ses frères ; les jumeaux Guy et Olivier font les 400 coups ; Louis est un garçon qui semble dans son monde et la petite Emilie meurt très jeune.

Louis Cuchas est le personnage principal. Apparemment indifférent au monde qui l’entoure mais qu’il observe attentivement, de faible constitution, il devient le souffre-douleur de son école et il est le seul de la famille à obtenir le certificat d’études. Au fur et à mesure des années, Vladimir entre en apprentissage et s’éloigne de sa famille, les jumeaux fuguent, Alice se marie et Louis va travailler aux Halles.

Louis est passionné de peinture, il apprend tout seul et se lie d’amitié avec le vendeur de couleurs qui le guide. Il ne veut que des couleurs pures et claires et cherche à rendre la vibration de la vie. Il va prendre de l’assurance grâce à son ami qui le guide et lui achète ses premières toiles. Il connaîtra le succès tout en restant lui même, indifférent au monde et passionné de sa peinture.

Certes, le monde décrit par Simenon est un peu glauque : à part la mère et Louis, la famille ne vaut pas grand choses, même Alice les abandonnent à sa façon. La mère est un personnage attachant, nature, qui tente de prendre la vie du bon côté. Toutefois, c’est tout un monde qui est superbement décrit : la rue Mouffetard qui est une rue populeuse avec son marché, ses commerçants, ses artisans et ses bourgeois ; les Halles et l’émerveillement de Louis quand il y va pour la première fois ; l’arrivée du gaz dans la chambre…. Le petit saint est un grand roman naturaliste.

Georges Simenon – Le petit saint – 1965