Argile et cendres

Loin d’être une sous-classe littéraire, le genre « Roman historique » peut offrir des chefs-d’œuvre comme Le Nom de la rose, Les mémoires d’HadrienGuerre et Paix ou les romans de Dumas. Voici encore un bel exemple.

Ce roman médiéval écrit bien avant que le Moyen-âge soit à la mode. L’histoire nous plonge en Champagne à la fin du XIIe siècle et nous retrace la vie d’un petit baron et de sa famille. Ansiau de Linnières est jeune chevalier quand il épouse Aalais de Puiseaux. Son père décède peu après et il devient le baron, seigneur et maître d’un petit domaine à peine suffisant à lui fournir des revenus.

Le château est rudimentaire : une salle basse et une salle haute où tout le monde se côtoie ; la maison du baron comprend aussi ses oncles et leur progéniture, ce qui finit par faire pas mal de monde. Les chevaliers passent leur vie à la chasse, aux tournois qui leur permettent de monnayer des rançons ou à la guerre lorsqu’ils sont convoqués par le Comte de Champagne. Le livre n’est pas un roman de chevalerie, il parle aussi des occupations des femmes et des petits riens qui font  la vie quotidienne.

Ansiau est assez amoureux de sa dame et lui fait régulièrement des enfants, leur relation évolue et se détériore quand il part en croisade. Il revient au bout de 2 ans après avoir échappé aux galères, encore plus démuni qu’à son départ. La dame s’est éprise d’un autre mais est restée fidèle à son mari pendant son absence ; le retour va changer les choses. Le baron a désormais la bougeotte, il sillonne la Champagne pour courir les tournois, dépense et emprunte sans soucis et c’est Aalais qui gère le domaine et se débat avec les créanciers.

Les enfants grandissent et les deux aînés vont faire leur apprentissage de chevalier loin du domaine. Ils sont adoubés juste avant le départ pour la 3e croisade où les emmènent leur père dans la suite du Comte de Champagne. Ils déchantent vite sur place et le siège d’Acre met en exergue les nombreuses rivalités entre souverains, prétendants au trône de Jérusalem, croisés et poulains (chevaliers arabisés)…

Le fils aîné et le neveu préféré meurent pendant la croisade et Ansiau n’arrive pas à reporter son affection sur son deuxième fils et héritier. De retour de la croisade, Ansiau s’éloigne encore un peu plus de sa famille, son fils Herbert quitte le château en attendant d’en hériter et part chercher fortune. Le baron prend pour maîtresse la jeune veuve de son fils et vit avec elle une relation scandaleuse. Quand la jeune femme meurt, il confie la garde de sa bâtarde à sa femme. La fin du roman le laisse vieilli, aveugle, malade et impotent.

Ce roman est passionnant car il offre un cadre historique impeccable, sans enjoliver. La foule des personnages secondaires donne de la profondeur à l’histoire, permet d’étoffer le récit et la description de la vie médiévale. On accompagne cette famille pendant une quarantaine d’années, on les voit évoluer, vieillir, on partage leurs pensées, leurs joies et leurs peines. C’est un bon roman, avec une belle étude de la psychologie des personnages et un récit intéressant où la femme a à peu près autant d’importance que l’homme.

Zoé Oldenbourg – Argile et cendres – Folio (2 volumes)