Peste et Choléra

Assurément, ce livre est l’un des romans dont on parle en cette rentrée littéraire, comme quoi il n’y a pas que les trucs glauques écrits par Angot ou Adam. Déjà auréolé du Prix des lecteurs de la Fnac, il est aussi dans les premières sélection des prix de l’automne.

Ce roman raconte la vie d’Alexandre Yersin, médecin et chercheur. D’abord attiré par Pasteur et ses équipes, il s’installe en Asie, joue les explorateurs et découvre le vecteur de la peste et le moyen de la guérir.

« On pourrait  écrire une Vie de Yersin comme une Vie de Saint. Un anachorète, retiré au fond d’un chalet dans la jungle froide, rétif à toute contrainte sociale, la vie érémitique, un ours, un sauvage, un génie original, un bel hurluberlu. » Deville nous offre au contraire un récit passionnant autour de son parcours, le comparant souvent avec celui de Rimbaud. Il évoque la figure tutélaire de Pasteur que Yersin à rejoint  très tôt, les débuts de la « microbie », l’effervescence des découvertes. Yersin est aussi un homme qui a la bougeotte et ne reste pas à sa paillasse, même s’il reste fortement lié à l’Institut Pasteur et « petite bande d’apôtres laïcs » .

Le livre retrace l’ensemble de son parcours. « Comment il a découvert le bacille et vaincu la peste. Quitté la Suisse pour l’Allemagne, l’Institut Pasteur pour les messageries maritimes, la médecine pour l’ethnologie, celle-ci pour l’agriculture et l’arboriculture. Comment il fut en Indochine un pionnier de la bactériologie, explorateur et cartographe. Comment il parcourut pendant deux ans le pays de Moïs avant de gagner celui des Sedangs. Les deux scientifiques l’interrogent sur ses lubies et ses inventions, l’horticulture et l’élevage, la mécanique et la physique, l’électricité et l’astronomie, l’aviation et la photographie. Comment il devint le roi du caoutchouc et le roi du quinquina. Comment il rejoignit à pied depuis Nha Trang le Mékong et Pnom Penh, pour finalement vivre cinquante ans dans ce village au bord de la mer de Chine.« 

Assurément Yersin mérite d’être mieux connu et reconnu. Certes, il a une ruelle à son nom dans Paris et 3 lignes dans le Larousse, ce beau roman lui rend un hommage fort et lui redonne vie. Au delà du personnage formidable, le roman est excellent, très vif avec un style alerte.

Patrick Deville – Peste et Choléra – Seuil 2012

 

Edit : ce livre a reçu le Prix Fémina 2012

Une réflexion au sujet de « Peste et Choléra »

  1. Merci de ce beau billet pour un livre ouvrant des espaces dans notre monde si renfermé sur lui-même.

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