Un océan de pavots

Ce roman est le premier d’une trilogie, l’information est cachée dans les rabats de couverture et je reste sur ma faim car ce volume se termine sur un « cliffhanger » qui appelle la suite.

La première partie met en place les protagonistes du roman qui se déroule en Inde en 1838. Cette partie est déjà dense et la vie de chacun est bien identifiée : Deeti, épouse d’un opiomane qui va échapper au sati l’immolation rituelle sur le bêcher de son époux ; Zachary Reid, américain pas tout à fait blanc qui devient officier de marine ; Paulette Lambert, orpheline recueillie par de riches britanniques qui va fuir les avances de son protecteur et un mariage arrangé ; Jodu, fils de la nourrice et ami d’enfance de Paulette ; Neel, jeune rajah trahi et déchu…
Il y a une foule de personnages bien campés qui vont se retrouver à Calcutta pour embarquer sur la goélette L’Ibis à destination de l’île Maurice et nous suivons la première partie de la croisière.

En même temps, Amitav Ghosh nous dresse un portrait de l’Inde de cette époque : les anglais qui dominent et imposent la culture du pavot, le trafic vers la Chine et les prémices de la Guerre de l’opium, la coexistence des communautés et des castes, les conditions d’exil des coolies vers Maurice…

L’histoire est bien menée, avec plein de rebondissements, et j’ai eu du mal à lâcher le livre. Le travail de traduction est remarquable et a du être ardu car l’auteur intègre des mots de bhojpuri, hindoustani, bengali… Au début c’est un peu déroutant, j’ai cherché un glossaire qui n’existe volontairement pas, mais ce sabir rend formidablement la multiplicité des langues qui cohabitent et il faut juste s’immerger dans le texte et je me suis laissé emporté par la magie des mots.

Amitav Ghosh – Un océan de pavots, traduit par Christiane Besse – Robert Laffont 2010