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Frère d’âme

David Diop – Frère d’âme – Seuil 2018.

Ce roman était dans la liste finale de pas mal de prix littéraires mais n’a pas été couronné. C’est dommage car c’est une superbe livre, avec une écriture magnifique.

Ce roman ancré dans la Guerre de 14-18, est centré sur Alfa Ndiaye et Mademba Diop, tirailleurs sénégalais embarqués dans la grande boucherie. Alfa est obsédé par la mort de son « presque frère » blessé lors d’une attaque ; il l’accompagne durant son agonie mais ne peut se résoudre à l’achever et ce refus le ronge.

La vengeance d’Alfa, d’abord bien accueillie, se transforme en folie et finit par révulser son capitaine qui le renvoie vers l’arrière pour s’en débarrasser.

Le récit des combats, de l’utilisation des « sauvages » pour effrayer les Allemands, du cynisme de l’officier sont dignes des grands romans sur les tranchées. Ce livre a l’originalité de se transformer en conte africain et donne à cette histoire un côté mythologique, universel.

 

Caravage à Rome

Caravage à Rome, amis et ennemis. Musée Jacquemart André jusqu’au 28 janvier 2019.

J’ai déjà raconté ma découverte du Caravage et la confrontation avec son œuvre. Je suis toujours aussi admiratif et je ne voulais pas louper cette expo qui nous présente une dizaine de ses peintures, toutes magnifiques.

L’expo nous accueille avec cette sublime Judith. Dans chaque salle, les peintures du Caravage surpassent celles de ses contemporains et pourtant il y a des choses intéressantes qui sont présentées.

La beauté du Joueur de luth, le sourire rayonnant du St Jean Baptiste sont hypnotisant,  le St Jérôme du Caravage côtoie celui de Gentileschi, le Christ d’Ecce homo affiche un sérénité surnaturelle et l’expo offre deux représentations de St François que j’aurais eu du mal à attribuer au Caravage. Les dernières toiles montrent l’évolution de son style avec des clairs-obscurs qui donnent plus de part aux ombres, un style qualifié de ténébrisme et illustré par Le souper d’Emmaus.

Bien entendu, je recommande cette expo ! Même si les salles du musée Jacquemart-André sont vite combles, j’ai toujours pu regarder les œuvres dans de bonnes conditions.  Et pour découvrir le personnage, je recommande la biographie de Fernandez, La chute de l’ange.

Judith et Holopherne -1599-1602
Le joueur de luth – 1595/96
Le jeune St Jean Baptiste – 1602
St Jérome – 1606
Ecce Homo – 1605
Le souper à Emmaus – 1601
St François en méditation – 1606

Dans la forêt

Jean Hegland – Dans la forêt, traduit par Josette Chicheportiche – Galmeister 2017.

Ce livre mêle roman écologique et roman d’apprentissage dans une ambiance post-apocalyptique. C’est intéressant, même si j’ai moins aimé la fin, et j’ai eu un gros coup de cœur sur le style, assez dense.

Nell et sa soeur Eva vivent seules dans une maison éloignée de tout, au milieu d’une forêt de Californie ; Nell se consacre à ses études en espérant rejoindre Harvard alors qu’Eva s’entraîne pour rejoindre le ballet de San Francisco. La situation devient bizarre quand on sait qu’il n’y a plus d’électricité, qu’elles sont coupées du monde car il n’y a plus de carburant. Et d’ailleurs le monde n’est pas enviable car une épidémie a touché la population et des troubles violents ont transformé la ville en cauchemar.

L’histoire est racontée par Nell qui consigne leur quotidien dans un cahier, évoque leur vie d’avant et l’évolution de leur relation. Après une première période de sidération, la vie s’organise dans l’espoir de pouvoir revenir rapidement à la situation antérieure. L’arrivée d’un ancien camarade donne une espoir de départ mais Nell renonce et préfère rester avec sa sœur. Eva tombe enceinte après avoir été violée par un rôdeur et les deux sœurs passent d’un monde de consommation de produits extérieurs à une production locale pour palier le manque de ressources.

La confrontation de deux caractères opposés et complémentaires, l’une planificatrice, l’autre insouciante, va créer des tensions, des rivalités qui seront difficilement surmontées mais la solidarité sera plus forte et nos deux ermites vont se créer un nouveau monde à elles, inspiré des expériences des anciens Indiens.

Le récit post-apocalyptique est intéressant et crédible, il illustre une bonne critique de la société d’hyperconsommation. A mon avis, la fin est un peu trop moralisatrice ; la robinsonnade tend vers le conte philosophique et perd en crédibilité, avec des passages totalement irréalistes.

 

La roue du temps, version Bragelonne

roue du tempsRobert Jordan – La Roue du Temps, tome1.1 : L’oeil du monde, traduit par Jean Claude Mallé – Bragelonne 2018.

Ce volume n’est pas une découverte, je suis fan de la Roue du Temps depuis la première édition française (chez Rivages). Cependant, les vicissitudes de l’édition n’ont pas permis la parution de l’intégralité de la version française de cette série.
Les éditions Bragelonne ont courageusement repris le flambeau et proposent une nouvelle traduction des livres de Jordan au fur et à mesure que les droits sont disponibles. Ce travail titanesque a commencé en 2012 et doit couvrir les 14 volumes de la série, prévoir un peu de patience.

Dans le cadre de Masse critique, je viens de recevoir la version poche du premier tome (le premier volume ressort en 2 tomes), ce qui me permet de replonger dans cet univers.
Je qualifierai cette version d’élégante, tant pour les couvertures, la typo claire très lisible que la fluidité de la traduction, et c’est une bonne nouvelle.

Ce volume commence au champ d’Emond, bourg perdu au milieu de nulle part ; il met en place les premiers éléments de l’intrigue et les personnages que nous suivrons tout au long de la saga, loin de leur village. Rand, Mat, Perrin, Egwege et Nynaeve, fortes personnalités qui vont devenir les personnages centraux de cette série et seront les protagonistes de pérégrinations et d’aventures nombreuses et variées. La série utilise les codes de la Fantasy avec une Quête, de l’aventure, des légendes, des héros, des combats, la lutte du Bien et du Mal ; elle intègre aussi une géographie, une ethnographie et une géopolitique complexes qui permettent de renouveler l’intérêt à chaque étape.

L’histoire commence donc au champ d’Emond, dans la région des Deux-Rivières juste avant les fêtes de Bel Tine qui marquent le printemps. Malgré un hiver qui n’en finit pas, la fête promet d’être belle avec l’arrivée d’un trouvère, Thom Merrilin, et d’un colporteur, Padan Fain. Ce village isolé est aussi marqué par l’arrivée de Moiraine et Lan, une belle dame accompagnée d’une espèce de chevalier servant. Les nouvelles apportées par le colporteur ne sont pas bonnes, avec des rumeurs de guerre et un cavalier noir a été aperçu par quelques jeunes gens, ce qui ne manque pas de les inquiéter.

La Nuit de l’Hiver, la ferme de Rand et le village sont ravagés par des Trollocs. Les  attaques ciblaient les maisons de Rand, Perrin et Mat , Moiraine les convainc de se rendre à Tar Valon pour se protéger de nouvelles attaques….

La nouvelle traduction de Jean Claude Mallé change quelques termes (les Ères deviennent les Âges ; la Sagesse, Sage-Dame ; le Ménestrel, Trouvère ; le Lige, Champion…) mais elle se lit très bien, je trouve qu’on a gagné au change. Voici les premières phrases des 2 premiers chapitres pour s’en rendre compte.

Version 1990, traduction AnetteRosenblum Version 2012, traduction Jean Claude Mallé
 

Le palais vacillait encore de temps à autre en réponse aux grondantes répliques sismiques de la terre, gémissait comme s’il voulait nier ce qui s’était passé. Des rais de soleil s’infiltraient par des fissures dans les murs, faisaient scintiller des atomes de poussière planant toujours en l’air. Des marques de brûlures déparaient les murs, les sols, les plafonds. […]

Avec de sourdes plaintes, comme si elle refusait de croire à ce qui venait d’arriver, la terre tremblait encore et le palais continuait de vaciller sur ses fondations. A travers les fissures des murs, les rayons de soleil irisaient de lumière jaune les nuage de poussière toujours en suspension dans l’air. Partout, des marques noires zébraient les cloisons, le sol, les plafonds et la peintre craquelée des fresques murales. […]
La Roue du Temps tourne, les Ères se succèdent, laissant des souvenirs qui deviennent légende. La légende se fond en mythe, et même le mythe est depuis longtemps oublié quand revient l’Ère qui lui a donné naissance. Au cours d’une Ère, que d’aucuns ont appelé la Troisième, une Ère encore à venir, une Ère passée depuis longtemps, un vent s’éleva dans les Montagnes de la Brume. Ce vent n’était pas le commencement. Il n’y a ni commencement ni fin dans les révolutions de la Roue du temps. Mais c’était un  commencement.[…] La Roue du Temps tourne et les Âges naissent et meurent, laissant dans leur sillage des souvenirs  destinés à devenir des légendes. Puis les légendes se métamorphosent en mythes qui sombrent eux-mêmes dans l’oubli longtemps avant la renaissance de l’Âge qui leur donna le jour. Au cours d’un Âge nommé le Troisième par certains -une ère encore à venir et depuis longtemps révolue-, un vent se mit à souffler dan les Montagnes  de la Brume. San être le Début, car il n’y a ni commencement ni fin à la rotation de la Roue du temps, ce vent était un début. […]

 

Les singuliers

Anne Piercin – Les singuliers – Actes Sud 2016

Ce roman épistolaire est une belle découverte. Il nous plonge dans le monde des rapins de la fin du XIXe siècle et réussit à recréer le bouillonnement des mouvements picturaux : naturalisme, symbolisme, post-impressionnisme, pointillisme, nabis…

Les interlocuteurs de ces lettres, Hugo Boch, sa cousine Hazel et son ami Tobias Hendrike, sont trois peintres débutants. Hugo est parti en Bretagne pour se frotter aux artistes de Pont-Aven ; Hazel continue sa formation à Paris où elle choisit la vague naturaliste alors que Tobias rejoint l’Académie royale de Bruxelles tout en développant une voie très personnelle.

En panne d’inspiration, Hugo s’oriente vers la photographie ; ses échanges avec sa cousine et Tobias permettent de faire revivre la vie à Pont-Aven, le caractère difficile de Gauguin, son influence sur Sérusier. De son côté, Hazel raconte la préparation de l’exposition universelle de 1889 et la construction de la tour Eiffel, la vie artistique de Paris ou de Bruxelles… Ils évoquent et nous font découvrir Anna Boch, Anna Klumpke, Dagan-Bouveret, James Ensor, Mary Cassatt, Charles Filiger, Meyer de Haan.

Ce roman est très habile car le vrai sujet de ce livre est Vincent Van Gogh. Il n’est pas présent mais tout le monde en parle : Gauguin l’a côtoyé, les nouvelles arrivent par Théo, l’exposition des Vingt à Bruxelles se focalise sur lui, Anna Boch achète sa première toile….

Mucha au musée du Luxembourg

J’aime bien l’Art nouveau et cette expo Mucha nous plonge dans cette période mais permet de découvrir d’autres facettes de l’artiste.

Mucha – Autoportait 1899

Nous le découvrons compagnon d’atelier de Gauguin et la célébrité lui vient en 1894 avec l’affiche de Gismonda réalisée pour une pièce de Sarah Bernardt.

Sarah Bernardt est emballée et lui fera réaliser toutes ses affiches, aussi bien pir des tournées en Amérique. Mucha se crée un style d’affichiste avec des liges sinueuses, de jolies femmes et des motifs floraux. Il va faire une grosse carrière et vanter aussi bien des champagnes, le papier à cigarette Job, le charme de Monte-Carlo ou les biscuits Lu.

Détail de l’affiche Monte-Carlo, Disney n’aurait pas copié pour Blanche Neige ?

Toutes ses peintures ne sont pas commerciales, et j’aime bien la douceur qui s’en dégage. Il a réalisé pas mal de cycles décoratifs, sur les saisons, les arts assez intéressants. Il a aussi publié un recueil d’éléments décoratifs qui pouvaient être repris et décliné en décoration intérieure.

Une partie de l’expo montre son travail réalisé pour la décoration du pavillon de la Bosnie-Herzégovine lors de l’exposition universelle de 1900, la décoration d’une bijouterie et ses créations.

L’expo présente aussi quelques œuvres plus mystiques ou symboliques mais présente surtout les peintures nationalistes qu’il a réalisées.

Autoportrait

Russia Restituenda 1922

Alphonse Mucha jusqu’au 27 janvier 2019 au musée du Luxembourg, Paris
en savoir un peu plus

Sablés céréales

Une variation des sablés traditionnels proposée par le Ferrandi, avec des ingrédients qui donnent  du caractère à ces petits biscuits.

Sablés céréales

Recette Ferrandi pour une 20e de biscuits

Ingrédients

  • 180 g farine
  • 50 g farine de blé noir
  • 6 g levure chimique
  • 150 g beurre
  • 85 g cassonade
  • 1 g fleur de sel
  • 40 g graines de pavot

pour la dorure

  • 50 g oeuf
  • 50g jaune d’oeuf
  • 50 g lait

Instructions

  1. Mélanger les farines avec le beurre pommade, sans trop travailler

  2. Ajouter la cassonade et la fleur de sel (j’ai diminué de moitié la dose de la recette initiale)

  3. Sabler la pâte

  4. Ajouter les graines et bien mélanger (fraser la pâte)

  5. Façonner un cylindre ; j’ai choisi de le faire de petit diamètre (3 cm) pour avoir des petits biscuits), il peut être plus large

  6. Tailler des tranches de +/- 1 cm (pas plus) et les poser sur du papier sulfurisé

  7. Dorer et enfourner 12 minutes dans le four préchauffé à 160° C.

Variante

La recette originale utilise des graines de lin, on peut essayer d’autres graines.

Notes

Les recettes de Ferrandi indiquent toujours la même quantité d’ingrédients pour la dorure. C’est largement surdimensionné pour une seule recette, on peut choisir sa dorure habituelle, à l’œuf ou simplement au lait (moins brillant).

Miam !

Capitaine

Adrien Bosc – Capitaine – Stock 2018.

Adrien Bosc raconte la traversée d’exilés vers l’Amérique au bord du Capitaine Paul Lemerle en 1941. Je n’ai pas vraiment accroché à ce roman qui était prometteur.

Breton, Levi-Strauss, Victor Serge font partie des quelques personnalités qui font le voyage et le roman s’attarde sur eux, leurs parcours, leurs écrits. Cela fait un roman assez érudit, qui rend bien l’ambiance et les conditions du voyage au travers de différentes saynètes. Le navire arrive aux Antilles où les passagers sont parqués en attente d’un éventuel passage aux Etats-Unis ou au Mexique ; cet épisode permet de décrire une administration coloniale aux ordres de Vichy et d’évoquer Suzanne et Aimé Césaire.

Mais ce roman, malgré tout, est desservi par un style qui se veut très (trop) riche. Certaines phrases ont été ciselées, mais finissent par ne rien dire. La lecture de ce livres en est assez difficile et décousue.

Un monde sans fin

Ken Follett – Un monde sans fin, traduit par Viviane Mikhalkov, Leslie Boitelle et Hannah Pascal – Livre de poche 2010.

Ce roman se déroule à Kingsbridge, comme Les Piliers de la terre mais 2 siècles plus tard. Ce gros pavé (plus de 1000 pages) est tout aussi addictif ; il réussit à renouveler la trame du roman et nous plonge dans l’Angleterre du XIVe siècle, avec le développement de la bourgeoisie et l’indépendance des villes. Ce versant historique est parfaitement mis en œuvre : au delà des deux évènements forts qui sont parfaitement rendus, une grande attention est portée aux détails de la vie urbaine ou villageoise, aux relations entre les différentes couches de la société et aux évolutions sociologiques.

Ce volume court sur une trentaine d’années (1327-1361), présente de nombreux personnages et nous fait vivre leurs multiples péripéties. Le chapitre inaugural met en place la plupart des protagonistes : Ralph et Merthin, fils de Gerald, seigneur désargenté et déchu ; Caris, fille d’Edmond le Lainier, prévôt des marchands de Kingsbridge ; Gwenda, petite serve de Wigleigh exploitée par son père…
Leurs aventures sont portées par les ambitions, les lâchetés, les rivalités et les amours parfois tumultueuses. J’ai un petit doute sur la crédibilité du parcours de Caris, les autres destins sont tout à fait intéressants et nous font vivre l’émancipation des cités, le servage, l’impact de la peste, le rôle des taxations sur les évolutions du marché de la laine, la bataille de Crécy, les relations du clergé et du pouvoir…

Quelques bribes du livre, l’histoire est foisonnante et il y a des tas de développements non évoqués ici  :

L’abbaye de Kingsbridge s’est adjoint un couvent depuis le premier volume, celui-ci est financièrement plus florissant, au grand regret du prieur Anthony qui doit solliciter les sœurs pour ses dépenses extraordinaires. Le frère Godwin, quoique neveu du prieur, l’apprend à ses dépends car le monastère ne peut financer ses études à Oxford, que sa mère va prendre en charge pour soutenir l’ambition du jeune homme.

Une dizaine d’années plus tard, on retrouve Merthin et Ralph à l’occasion de la foire de Kingsbridge. Merthin a presque terminé son apprentissage de charpentier chez Elfric, il se fait berner par la fille de celui-ci alors même qu’il est amoureux de Caris. Ralph est écuyer chez le comte de Shiring et se bat avec Wulfric, un paysan de Wigleigh qui lui casse le nez. La fin de la foire est marquée par l’effondrement du vieux pont de bois, qui cause la mort de nombreuses victimes, permet à Ralph de se distinguer en sauvant le comte et à Godwin de manigancer pour se faire élire prieur en remplacement d’Anthony qui fait partie des disparus.
Devenu prieur, Godwin s’adjoint les conseils de Philémon qui l’encourage à pressurer les habitants de Kingsbridge pour financer la reconstruction du pont.

Bien que chassé par Elfric, Merthin va commencer à construire le pont mais Godwin lui retire le chantier ; Caris met en place un activité de teinture qui compense la perte du commerce de la laine, sa volonté d’obtenir une charte royale pour la ville l’entraine dans un procès dont elle ne se sort qu’en devenant religieuse ; Ralph est nommé seigneur de Wigleigh, ce qui lui permet de se venger de Wulfric qui sera soutenu malgré tout par Gwenda, Raph est toutefois condamné pour avoir violé une de ses paysannes et finit en brigand.

La période suivante se déroule quelques années plus tard. Pour régler un différent avec Godwin qui a pillé le trésor du couvent, Caris part en Normandie à la recherche de son évêque qui accompagne les troupes royales. Elle traverse un pays ravagé par la troupe et rejoint les armées pour assister à la bataille de Crécy où l’organisation anglaise vient à bout des troupes indisciplinées alliées de la France. Cette bataille est aussi le moyen pour Ralph, qui a été gracié en échange de son enrôlement, de se faire remarquer par le prince de Galles et d’être récompensé.
Merthin, qui était parti à Florence où il s’est marié, échappe à la peste qui a ravagé la ville et a tué sa femme et sa belle-famille, revient en Angleterre accompagné de sa fille et auréolé de ses succès. Malheureusement la peste gagne aussi l’Angleterre et ravage Kingsbridge. Alors que Godwin fuit la ville avec ses moines, Caris se dévoue et soigne les malades, est élue à la tête du couvent, réorganise ses terres qui souffrent du manque de main d’œuvre et n’hésite pas à s’opposer à Elfric, nouveau prévôt, pour rétablir l’ordre dans la ville, tout en nouant une relation interdite avec Merthin.

Le retour de Philémon, seul moine rescapé, met fin à leur relation et l’arrivée de nouveaux moines réactionnaires lui font abandonner ses vœux et renouer avec Merthin. De leur coté, Gwenda et Wulfric ont enfin des terres tout en restant serfs de Ralph devenu comte de Shiring.

L’épisode final donne un peu plus d’importance à Gwenda et ses fils, l’un est sauvé par sa mère bien qu’il ait tué le fils du bailli et finit par tuer Ralph ; l’autre développe la culture de la garance et devint métayer libre. Merthin et Caris mettent tout en œuvre pour éviter que Philémon ne devienne évêque alors qu’une dernière épidémie ravage la région et tue les compagnons de fugue de Lolla, la fille de Merthin.

Des villes dans la plaine

Cormac Mc Carty – Des villes dans la plaine, traduit par François Hirsch et Patricia Schaeffer – L’Olivier 1999.

Voilà le 3e volet de la Trilogie des confins, et je me suis ennuyé. Nous retrouvons les personnages des précédents volumes, John Grady Cole et Billy Parham, travaillant sur le même ranch. Le roman nous plonge dans leur quotidien de garçons vachers qui parcourent les terres pour surveiller l’état du bétail ; l’épisode de la chasse aux chiens errants est assez hallucinant.

Ils vont régulièrement de l’autre coté de la frontière pour boire et aller au bordel, et c’est là que John Grady tombe amoureux d’une jeune prostituée. Il veut se marier avec et devient concurrent du maquereau (l’alcahuete). L’histoire se termine en duel mortel dans une ruelle.

Je me suis habitué au style, toujours un peu compliqué avec ses répétitions de « et » dans les descriptions et ses bouts de conversation en espagnol mais il manque vraiment un souffle dans ce roman. McCarthy semble vouloir se rattraper dans l’épilogue et nous sert un conte vaguement philosophique qui tombe à plat.
Je retiens et recommande « De si jolis chevaux » dans cette trilogie, éventuellement « Le grand passage » mais on peut se passer de celui-ci.

 

L’année du Lion

Deon Meyer – L’année du Lion, Les Mémoires de Nicolas Storm sur l’enquête de l’assassinat de son père, traduit par Catherine Du Toit et Marie Caroline Aubert – Seuil 2018.

Deon Meyer se renouvelle complètement et nous propose ici un roman post-apocalyptique tout à fait passionnant. L’histoire se déroule en Afrique du Sud alors que 95% de l’humanité ait disparu à la suite de la Fièvre due à un redoutable coronavirus. Le récit est centré autour des souvenirs de Nico Storm qui raconte les évènements ayant précédé la mort de son père une trentaine d’années auparavant.

Comme toute bonne dystopie, ce roman peut s’assimiler à un conte philosophique et, de fait, il fournit suffisamment d’éléments pour se poser des questions sur nos choix de société, en termes écologiques et politiques.

Après avoir survécu à la Fièvre, Nico et son père Willem tentent de survivre dans un monde hostile, le début du roman fait penser à La route mais en moins dur. Willem les installe à Vanderkloof et fait savoir qu’il souhaite y créer une communauté pacifique ouverte aux survivants de bonne volonté.

Dans les 3 ans du récit, les années du Chien, du Chacal et du Lion, différentes vagues de migration viennent enrichir cette communauté avec de personnalités fortes qui vont apporter leurs talents à la communauté et structurer le roman.
Ce petit monde s’organise, se hiérarchise, développe une agriculture et remet en état les installations électriques. Mais ce succès attire aussi les convoitises et la colonie va devoir se défendre contre des gangs de pillards et mener la guerre contre Numéro Un, avec le soupçon de la présence de traîtres….

Les personnages sont bien campés et les relations du narrateur avec son père, crises et doutes d’adolescent, sont bien rendus. Les relations humaines sont décrites dans leur complexité, les récits des différents « colons » enrichissent le roman et nous font participer aux débats qui agitent cette société qui se reconstitue : liberté religieuse, démocratie ou dictature, mensonge ou vérité…

 

 

Le sauveur

Jo Nesbø – Le sauveur, traduit par Alexis Fouillet – Gallimard Série noire 2007.

Le précédent roman terminait un cycle. Avoir un héros récurrent et réussir à se renouveler n’est pas à la portée de tous les auteurs, surtout en polar ; je dois avouer que Nesbo réussit à me surprendre à chaque volume et c’est un des intérêts de cette série.

Le tueur nous est présenté dès le début de l’histoire, c’est un jeune tueur à gages croate, formé à la guerre lors du siège de Vukovar. Les réminiscences de cette période viennent alimenter régulièrement ses réflexions et l’aide à prendre ses décisions.  En face, la victime est un jeune cadre de l’Armée du Salut, tué quelques jours avant Noël. Le roman prend le temps de nous faire rentrer dans les coulisses de l’organisation, de nous faire partager leurs efforts en faveur des déshérités. Et au milieu, Harry Hole qui tente désespérément de rester à jeun et qui est affublé d’un nouveau chef avec qui ça va forcément frotter un peu.

Les différentes pistes mènent à une impasse ; quand Harry a enfin un suspect, il lui file entre les doigts ; la chasse à l’homme ne se passe pas comme il faut et son collègue est tué… Malgré tout, notre inspecteur saura trouver la solution, décrypter les indices faibles et ne fera pas de cadeau. Enfin, pas celui que l’on attendait de lui ! et pour finir, Harry Hole va connaître le fin mot de l’histoire des trafics d’armes évoqués dans les livres précédents.

Ce roman peut se lire sans connaître la série, c’est un très bon thriller et j’aime toujours autant les ressorts psychologiques de ce personnage. Ses efforts pour être enfin aimable avec ses collègues, ratés à chaque fois sont assez drôles.

Madeleines

La recette est simple, le résultat est gourmand ; il fallait juste que j’achète un moule à madeleines ! Une fois de plus, la recette Ferrandi est excellente.

Madeleines

Source : Ferrandi

Cette recette est rapide à faire, elle ne nécessite pas de robot

Type de plat Petits gâteaux
Cuisine Pâtisserie
Cuisson 12 minutes
Refrigération 1 heure 30 minutes
Portions 30 madeleines

Ingrédients

  • 100 g d’œufs (2)
  • 115 g de sucre
  • 15 g de miel
  • 80 g lait tiède
  • 180 g farine
  • 6 g levure chimique
  • 250 g beurre fondu
  • QS vanille
  • 1/3 zeste de citron

Instructions

  1. Faire fondre le beurre
  2. Mélanger au fouet les œufs, le sucre et le miel
  3. Ajouter le lait à température ambiante puis la farine tamisée avec la levure.
  4. Versez beurre fondu et vanille
  5. Râper le zeste et mélanger.
  6. Réserver au froid 1h30 (très important, c'est le choc thermique qui permettra le développement d'une belle bosse).
  7. Garnir les moules au 2/3 (cuillère ou poche), remettre le préparation au froid entre 2 fournées.
  8. Enfourner 12 minutes à 190°C.

Notes

Recette pour 12 madeleines dans un moule traditionnel, les empreintes silicone sont plus petites, on en fait largement le triple.

Miam !

J’ai testé d’autres recettes : je n’ai pas aimé celles d’Aurélien Trottier (Fou de pâtisserie 29) ; en revanche Mercotte en fournit deux, moins moelleuses mais correctes, inspirées de Sophie Dudemaine ou des madeleines de Commercy et qui se font sans repos au froid.

Les impressionnistes à Londres

Les Impressionnistes font toujours vendre, on les met en accroche mais le concept de cette belle expo est plus explicite avec son sous-titre : Artistes français en exil, 1870-1904. Elle est réalisée en collaboration avec la Tate qui a prêté pas mal d’œuvres.

La défaite de Sedan, la Commune et sa répression ont fait s’exiler à Londres de nombreux français. Quelques artistes ont quitté le marasme économique et tenté leur chance dans un marché dynamique, d’autres ont fui pour raisons politiques, pour avoir participé à la Commune de Paris. On estime que 10 000 communards ont quitté la France après 1871, dont un tiers à rejoint Londres qui bénéficie d’une image de ville libérale, qui refuse d’extrader les exilés et où une importante communauté française est déjà présente. Il n’y a pas que les peintres qui ont traversé la Manche, le marchand d’art Durand-Ruel a aussi fait la traversée avec un stock de peintures. Il crée une galerie à Londres et soutient les peintres en exil.

La première salle de l’expo montre Paris en 1871, pendant les combats et après la Commune. C’est bizarre de voir toutes ces ruines, et la peinture de Tissot montrant les exécutions est glaçante.

Isidore Pils – Soldats dans les ruines des Tuileries – 1871
James Tissot – Exécution des communards sur les fortifications du bois de Boulogne – 1871

Carpeaux, artiste fétiche du 2nd Empire, s’installe à Londres où il est déjà connu. Le pièces présentées sont admirables. J’ai été encore plus intéressé par le parcours de Jules Dalou accueilli par Alphonse Legros qui lui ouvre ses réseaux. Legros enseignait à Londres (en français) et a formé certains préraphaélites ; ses œuvres de style réaliste, surtout le Rétameur, sont intéressantes.

Carpeaux – Flore
Jules Dalou – Paysanne française allaitant son enfant

Dalou est une découverte intéressante mais cette expo m’a fait aussi connaître James Tissot, et je suis tombé sous le charme. Anglophile, Tissot avait déjà modifié son prénom et s’adapte vite au marché anglais qui aime les scènes de genre. J’aime beaucoup le regard un peu décalé qu’il apporte et son style allie un certain classicisme dans le trait à une mise en scène qui fait penser aux poses des impressionnistes.

Tissot-Too_early
James Tissot – Too Early -1873
Tissot-HMS_Calcutta
James Tissot – The Gallery of HMS Calcutta – 1876
James Tissot – Summer (Portrait) – 1876
James Tissot – The Ball on Shipboard -1874

Les tableaux exposés de Sisley, Pissaro, Whistler, Monet ont principalement la Tamise comme thème. Pissaro m’impressionne par la luminosité des ses paysages, les trois Whistler présentés sont des nocturnes  magnifiques dans des teints gris-vert.
Monet est resté peu de temps en 1871, a connu le succès en Angleterre vers 1900 où il a peint ses séries du Parlement de Londres. Outre les représentations du Parlement, dans la brume, avec effet de soleil, de nuit, il y a une vue de Leicester square qui est un vrai feu d’artifice.

Camille Pissarro – Kew greens – 1892
Camille Pissaro – Charing Cross Bridge – 1890
James Whistler, Nocturne : les lumières de Cremorne – 1876
Claude Monet – Le parlement de Londres – 1900
Claude Monet – Parlement de Londres -1904

En 1904, la France et l’Angleterre signent « l’Entente Cordiale » qui pacifie les relations  entre les deux pays. C’est aussi la date où Durand-Ruel envoie Derain à Londres dont il nous amène une toute autre image. J’aime sa vue des quais autant pour la couleur que son cadrage.

André Derain – Big Ben – 1906
André Derain – The Pool of London – 1906

Exposition Les impressionnistes à Londres  – Artistes fraçais en exil 1870-1904 – Le Petit Palais jusqu’au 14 octobre 2018

La vie secrète des arbres

Vie secrete des arbresPeter Wohlleben – La vie secrète des arbres, traduit par Corinne Tresca – Les Arènes 2017.

Passionnant livre de vulgarisation scientifique écrit par un forestier qui a un vrai talent de conteur. Après la lecture de ce livre je ne regarderai plus les arbres et les forêts de la même façon.

Forestier en Allemagne, dans le Harz, l’auteur est habitué aux forêts de hêtres qui donnent de belles futaies. Son propos est suffisamment général pour ne pas se centrer sur sa seule expérience et nous fait découvrir l’univers passionnant d’une forêt primaire.

Je savais que les arbres étaient vivants, j’ai découvert qu’ils représentent une vraie usine de production d’énergie consacrée à la croissance de l’arbre, qu’ils communiquent et partagent les ressources par leurs racines, qu’ils sont capables de réagir collectivement à une agression et même qu’ils génèrent un courant électrique…

La condition d’un arbre ne peut être meilleure que celle de la forêt qui l’entoure

Le livre nous fait vivre la forêt et la relation à ses hôtes, les animaux et micro-organismes favorables ou nuisibles, il évoque son rôle dans la régulation climatique et aussi le sort peu enviable des arbres de nos villes. Wohlleben nous explique les modalités de colonisation de l’espace, le combat des arbres pour la lumière, les stratégies de croissance ou de reproduction d’arbres ; il insiste sur le temps long nécessaire pour ces arbres qui ont plus de 400 ans d’espérance de vie, à rebours de ce qui est fait en exploitation forestière. En effet, ce récit écologique (au sens premier), nous explique aussi pourquoi la gestion des forêts peut-être différente, avec la notion de « futaie jardinée » où les prélèvements plus restreints et fréquents, sans mécanisation permettent de mieux respecter la forêt.