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L’année du Lion

Deon Meyer – L’année du Lion, Les Mémoires de Nicolas Storm sur l’enquête de l’assassinat de son père, traduit par Catherine Du Toit et Marie Caroline Aubert – Seuil 2018.

Deon Meyer se renouvelle complètement et nous propose ici un roman post-apocalyptique tout à fait passionnant. L’histoire se déroule en Afrique du Sud alors que 95% de l’humanité ait disparu à la suite de la Fièvre due à un redoutable coronavirus. Le récit est centré autour des souvenirs de Nico Storm qui raconte les évènements ayant précédé la mort de son père une trentaine d’années auparavant.

Comme toute bonne dystopie, ce roman peut s’assimiler à un conte philosophique et, de fait, il fournit suffisamment d’éléments pour se poser des questions sur nos choix de société, en termes écologiques et politiques.

Après avoir survécu à la Fièvre, Nico et son père Willem tentent de survivre dans un monde hostile, le début du roman fait penser à La route mais en moins dur. Willem les installe à Vanderkloof et fait savoir qu’il souhaite y créer une communauté pacifique ouverte aux survivants de bonne volonté.

Dans les 3 ans du récit, les années du Chien, du Chacal et du Lion, différentes vagues de migration viennent enrichir cette communauté avec de personnalités fortes qui vont apporter leurs talents à la communauté et structurer le roman.
Ce petit monde s’organise, se hiérarchise, développe une agriculture et remet en état les installations électriques. Mais ce succès attire aussi les convoitises et la colonie va devoir se défendre contre des gangs de pillards et mener la guerre contre Numéro Un, avec le soupçon de la présence de traîtres….

Les personnages sont bien campés et les relations du narrateur avec son père, crises et doutes d’adolescent, sont bien rendus. Les relations humaines sont décrites dans leur complexité, les récits des différents « colons » enrichissent le roman et nous font participer aux débats qui agitent cette société qui se reconstitue : liberté religieuse, démocratie ou dictature, mensonge ou vérité…

 

 

Le sauveur

Jo Nesbø – Le sauveur, traduit par Alexis Fouillet – Gallimard Série noire 2007.

Le précédent roman terminait un cycle. Avoir un héros récurrent et réussir à se renouveler n’est pas à la portée de tous les auteurs, surtout en polar ; je dois avouer que Nesbo réussit à me surprendre à chaque volume et c’est un des intérêts de cette série.

Le tueur nous est présenté dès le début de l’histoire, c’est un jeune tueur à gages croate, formé à la guerre lors du siège de Vukovar. Les réminiscences de cette période viennent alimenter régulièrement ses réflexions et l’aide à prendre ses décisions.  En face, la victime est un jeune cadre de l’Armée du Salut, tué quelques jours avant Noël. Le roman prend le temps de nous faire rentrer dans les coulisses de l’organisation, de nous faire partager leurs efforts en faveur des déshérités. Et au milieu, Harry Hole qui tente désespérément de rester à jeun et qui est affublé d’un nouveau chef avec qui ça va forcément frotter un peu.

Les différentes pistes mènent à une impasse ; quand Harry a enfin un suspect, il lui file entre les doigts ; la chasse à l’homme ne se passe pas comme il faut et son collègue est tué… Malgré tout, notre inspecteur saura trouver la solution, décrypter les indices faibles et ne fera pas de cadeau. Enfin, pas celui que l’on attendait de lui ! et pour finir, Harry Hole va connaître le fin mot de l’histoire des trafics d’armes évoqués dans les livres précédents.

Ce roman peut se lire sans connaître la série, c’est un très bon thriller et j’aime toujours autant les ressorts psychologiques de ce personnage. Ses efforts pour être enfin aimable avec ses collègues, ratés à chaque fois sont assez drôles.

Madeleines

La recette est simple, le résultat est gourmand ; il fallait juste que j’achète un moule à madeleines !

Une fois de plus, la recette Ferrandi est excellente.

Recette pour 12 madeleines dans un moule traditionnel, les empreintes silicone sont plus petites, on en fait largement le triple.

  • 100 g d’œufs (2)
  • 115 g de sucre
  • 15 g de miel
  • 80 g lait tiède
  • 180 g farine
  • 6 g levure chimique
  • 250 g beurre fondu
  • qs vanille
  • 1/3 zeste de citron

Cette recette est rapide à faire, elle ne nécessite pas de robot

  • Faire fondre le beurre
  • Mélanger au fouet les œufs, le sucre et le miel
  • Ajouter le lait à température ambiante puis la farine tamisée avec la levure.
  • Versez beurre fondu et vanille
  • Râper le zeste et mélanger.

Réserver au froid 1h30 (très important, c’est le choc thermique qui permettra le développement d’une belle bosse).

Garnir les moules au 2/3 (cuillère ou poche), remettre le préparation au froid entre 2 fournées.

Enfourner 12 minutes à 190°C.

Miam !

J’ai testé d’autres recettes : je n’ai pas aimé celles d’Aurélien Trottier (Fou de pâtisserie 29) ; en revanche Mercotte en fournit deux, moins moelleuses mais correctes, inspirées de Sophie Dudemaine ou des madeleines de Commercy et qui se font sans repos au froid.

Les impressionnistes à Londres

Les Impressionnistes font toujours vendre, on les met en accroche mais le concept de cette belle expo est plus explicite avec son sous-titre : Artistes français en exil, 1870-1904. Elle est réalisée en collaboration avec la Tate qui a prêté pas mal d’œuvres.

La défaite de Sedan, la Commune et sa répression ont fait s’exiler à Londres de nombreux français. Quelques artistes ont quitté le marasme économique et tenté leur chance dans un marché dynamique, d’autres ont fui pour raisons politiques, pour avoir participé à la Commune de Paris. On estime que 10 000 communards ont quitté la France après 1871, dont un tiers à rejoint Londres qui bénéficie d’une image de ville libérale, qui refuse d’extrader les exilés et où une importante communauté française est déjà présente. Il n’y a pas que les peintres qui ont traversé la Manche, le marchand d’art Durand-Ruel a aussi fait la traversée avec un stock de peintures. Il crée une galerie à Londres et soutient les peintres en exil.

La première salle de l’expo montre Paris en 1871, pendant les combats et après la Commune. C’est bizarre de voir toutes ces ruines, et la peinture de Tissot montrant les exécutions est glaçante.

Isidore Pils – Soldats dans les ruines des Tuileries – 1871
James Tissot – Exécution des communards sur les fortifications du bois de Boulogne – 1871

Carpeaux, artiste fétiche du 2nd Empire, s’installe à Londres où il est déjà connu. Le pièces présentées sont admirables. J’ai été encore plus intéressé par le parcours de Jules Dalou accueilli par Alphonse Legros qui lui ouvre ses réseaux. Legros enseignait à Londres (en français) et a formé certains préraphaélites ; ses œuvres de style réaliste, surtout le Rétameur, sont intéressantes.

Carpeaux – Flore
Jules Dalou – Paysanne française allaitant son enfant

Dalou est une découverte intéressante mais cette expo m’a fait aussi connaître James Tissot, et je suis tombé sous le charme. Anglophile, Tissot avait déjà modifié son prénom et s’adapte vite au marché anglais qui aime les scènes de genre. J’aime beaucoup le regard un peu décalé qu’il apporte et son style allie un certain classicisme dans le trait à une mise en scène qui fait penser aux poses des impressionnistes.

Tissot-Too_early
James Tissot – Too Early -1873
Tissot-HMS_Calcutta
James Tissot – The Gallery of HMS Calcutta – 1876
James Tissot – Summer (Portrait) – 1876
James Tissot – The Ball on Shipboard -1874

Les tableaux exposés de Sisley, Pissaro, Whistler, Monet ont principalement la Tamise comme thème. Pissaro m’impressionne par la luminosité des ses paysages, les trois Whistler présentés sont des nocturnes  magnifiques dans des teints gris-vert.
Monet est resté peu de temps en 1871, a connu le succès en Angleterre vers 1900 où il a peint ses séries du Parlement de Londres. Outre les représentations du Parlement, dans la brume, avec effet de soleil, de nuit, il y a une vue de Leicester square qui est un vrai feu d’artifice.

Camille Pissarro – Kew greens – 1892
Camille Pissaro – Charing Cross Bridge – 1890
James Whistler, Nocturne : les lumières de Cremorne – 1876
Claude Monet – Le parlement de Londres – 1900
Claude Monet – Parlement de Londres -1904

En 1904, la France et l’Angleterre signent « l’Entente Cordiale » qui pacifie les relations  entre les deux pays. C’est aussi la date où Durand-Ruel envoie Derain à Londres dont il nous amène une toute autre image. J’aime sa vue des quais autant pour la couleur que son cadrage.

André Derain – Big Ben – 1906
André Derain – The Pool of London – 1906

Exposition Les impressionnistes à Londres  – Artistes fraçais en exil 1870-1904 – Le Petit Palais jusqu’au 14 octobre 2018

La vie secrète des arbres

Vie secrete des arbresPeter Wohlleben – La vie secrète des arbres, traduit par Corinne Tresca – Les Arènes 2017.

Passionnant livre de vulgarisation scientifique écrit par un forestier qui a un vrai talent de conteur. Après la lecture de ce livre je ne regarderai plus les arbres et les forêts de la même façon.

Forestier en Allemagne, dans le Harz, l’auteur est habitué aux forêts de hêtres qui donnent de belles futaies. Son propos est suffisamment général pour ne pas se centrer sur sa seule expérience et nous fait découvrir l’univers passionnant d’une forêt primaire.

Je savais que les arbres étaient vivants, j’ai découvert qu’ils représentent une vraie usine de production d’énergie consacrée à la croissance de l’arbre, qu’ils communiquent et partagent les ressources par leurs racines, qu’ils sont capables de réagir collectivement à une agression et même qu’ils génèrent un courant électrique…

La condition d’un arbre ne peut être meilleure que celle de la forêt qui l’entoure

Le livre nous fait vivre la forêt et la relation à ses hôtes, les animaux et micro-organismes favorables ou nuisibles, il évoque son rôle dans la régulation climatique et aussi le sort peu enviable des arbres de nos villes. Wohlleben nous explique les modalités de colonisation de l’espace, le combat des arbres pour la lumière, les stratégies de croissance ou de reproduction d’arbres ; il insiste sur le temps long nécessaire pour ces arbres qui ont plus de 400 ans d’espérance de vie, à rebours de ce qui est fait en exploitation forestière. En effet, ce récit écologique (au sens premier), nous explique aussi pourquoi la gestion des forêts peut-être différente, avec la notion de « futaie jardinée » où les prélèvements plus restreints et fréquents, sans mécanisation permettent de mieux respecter la forêt.

Le grand passage

Le grand passageCormac McCarthy – Le Grand passage, traduit par François Hirsch et Patricia Schaeffer – L’Olivier 1994.

Ce deuxième volume de la Trilogie des confins est plus dur à suivre que le premier, j’ai eu du mal à rentrer dedans mais la magie opère ensuite. L’histoire est tout aussi âpre, le style est un peu plus difficile à maîtriser mais le résultat est toujours aussi captivant.

Après avoir traqué et piégé une louve, Billy Parham décide de quitter le ranch familial et de lui faire retrouver ses montages mexicaines au lieu de la tuer. Cette première aventure s’interrompt quand l’animal lui est enlevé et s’achève par une exécution impitoyable.
Il revient finalement aux États-Unis après avoir erré pas mal de temps mais le ranch est vide, ses parents tués. Accompagné de son frère Boyd, il retourne au Mexique, sur la piste des chevaux volés.

La recherche de chevaux volés est déjà un thème développé dans De si jolis chevaux. Ici, la poursuite est plus initiatique, les adolescents se trouvent confrontés à un monde dur, souvent injuste.
Billy et Boyd vont se séparer, Billy revient un nouvelle fois aux États-Unis mais retourne au Mexique à la recherche de son frère.
Ces différents voyages, que l’on pourrait presque qualifier d’errances initiatiques, ont pour point commun la quête d’un but, d’un destin qui est difficile à cerner.

Le roman est truffé de plusieurs histoires qui encombrent le fil du roman et transforme presque ce livre en recueil de nouvelles. A chaque fois, il s’agit de destins brisés, récits qui renforcent le côté désespéré de ce roman qui est pourtant intemporel quoique se déroulant au XXe siècle.

Les longues descriptions avec une répétition de « et » au lieu des virgules ; l’usage de l’espagnol sans traduction dans les dialogues ne facilite pas la lecture ; on perd parfois le fil avec les récits intercalés mais je me suis accroché pour avancer dans ce livre car c’est une pépite encore un peu brute qui dégage un vrai magnétisme.

Ce monde ne sera jamais le même, dit le cavalier. Tu le sais ?
Je le sais. Il l’est déjà plus.

Quand Vinci te souhaite le pire…

et te propose de voyager avec Ulyss, ton « nouveau compagnon de voyage ». 
Bel exemple de communication réalisée par des incultes!

Ulyss - Vinci autoroutes

Ulysse a quand même mis 10 ans pour retrouver son île, et ce n’est pas l’idée que je me fais d’une route facile et rapide… autrement dit Vinci nous souhaite de beaux bouchons sur ses autoroutes. 

L’invite à être le compagnon d’Ulysse ne me tente pas non plus car il est rentré seul chez lui, ses compagnons ayant été transformés en pourceaux, bouffés par différents monstres ou noyés. 

Et pour finir, quand le pauvre arrive chez lui après 20 ans d’absence, sa maison est remplie de squatters qu’il doit dégager manu militari. 
Non, çà ne donne pas envie de partir en vacances avec Ulysse.

Et pour compléter le message publicitaire, Vinci nous dessine une jolie voiture avec des ailes qui va vers le soleil ; ce ne rappelle pas un peu Icare ? encore un amateur de voyages réussis… 

 

Condor

Ferey-CondorCaryl Férey – Condor – Gallimard Série Noire 2016.

Après l’Afrique du Sud et l’Argentine, Caryl Ferrey nous emmène au Chili pour continuer son tour du monde des anciennes dictatures. Après la violence de Mapuche, ce roman parait un peu fade, c’est un thriller honnête et un peu convenu. Férey donne un petit côté « gauchiste » et insiste beaucoup sur l’ultralibéralisme qui s’est développé avec la dictature et qui corrompt la société.

Un adolescent est trouvé mort dans le quartier de La Victoria à Santiago, et c’est le quatrième en peu de temps dans cette « poblacion », quartier pauvre qui tient du bidonville. Gabriela, vidéaste et amie du père de la victime, est révoltée par le peu de cas que fait la police de cette affaire et décide de contacter un avocat pour faire bouger les choses. Elle tombe sur Esteban, fils de famille un peu dandy, un peu rebelle et spécialiste des causes désespérées.
Pendant ce temps, l’associé d’Esteban, se retrouve face à un ancien tortionnaire de l’opération Condor à l’occasion d’une affaire un peu louche qui implique son beau-père, haut magistrat.

Bien entendu, les deux affaires vont se croiser, Gabriela et Esteban vont tomber amoureux, les trafics louches sont mêlés à des affaires officielles, du classique pas mal mené et qui fait tourner les pages.
En revanche, ce roman utilise la dictature chilienne comme prétexte, l’origine mapuche de Gabriela permet d’ajouter du folklore mais cette histoire pourrait se passer n’importe où et cela ne changerait pas grand chose.

Les amours

Michel David – Un bonheur si fragile, tome 4 : Les amours– Kennes 2015.

Et voilà le 4ème et dernier volume de la saga québecoise. C’est une bonne lecture d’été, sans prise de tête, avec une héroïne bien vaillante et attachante.

Ce roman m’a souvent fait penser à la série « Magasin général« , et pas seulement parce que les couvertures sont dessinées par Loisel, mais les BD mettent beaucoup plus en valeur la vie sociale du village alors que ces romans sont des collections d’anecdotes.
Ici, la vie économique est à peine effleurée, à part la rapacité du vieux Boisvert, et si l’argent est souvent un sujet, on n’a aucune idée des ressources de la ferme ; le roman célèbre beaucoup l’autosuffisance et évoque quelques surplus mais en va pas plus loin..

Ce dernier tome se déroule deux ans après la mort de Laurent. Philippe a toujours mauvais caractère mais il a trouvé une « blonde » qui va le dompter ; Madeleine est devenue institutrice au village et Léopold va se déclarer ; Norbert, toujours espiègle, devient un « bon habitant » ; Elise va a son tour au couvent et y prend goût tandis que Lionel se partage entre l’école et les travaux de la ferme.
Lucienne, la mère de Corinne, finit par acheter une maison et vend sa ferme a Anatole, au plus grand plaisir de sa belle fille Thérèse, et quand le grand-père Boisvert meurt, Henri et Charles attendent l’héritage avec impatience…

Heureusement, il y a un peu d’inattendu, avec une bonne surprise pour Léopold, et une autre pour Philippe ; de nouveaux arrivants au village, dont le séduisant Ian Sullivan qui va faire la cour à Corinne…

Je ne vais pas plus dévoiler l’intrigue mais tout finit bien après de gentilles péripéties.

Les épreuves

Michel David – Un bonheur si fragile, tome 3 : Les épreuves – Kennes 2015.

Ce troisième volume du cycle Un bonheur si fragile se déroule en 1918, 15 ans après les premiers.
Cette saga devient une chronique presque intimiste de la famille Boisvert et du village de Notre Dame des Prés.

Corinne se retrouve à la tête d’une famille de 5 enfants. Bien courageuse et déterminée, elle mène son petit monde ; ses moments de tranquillité annuels, loin de son mari alcoolique et violent, s’arrêtent quand Laurent décide de ne plus partir faire les chantiers l’hiver. Le roman poursuit la chronique familiale ponctuée par l’arrivée de Léopold, nouvel « homme engagé », le départ de son aîné, les frasques de Norbert et les décès.
Le village est secoué par la conscription des jeunes et l’irruption de la grippe espagnole qui va toucher jusqu’au curé alors que la modernité arrive petit à petit avec les premiers « chars » et les « trucks » de Gonzague Boisvert.

Ce volume se lit bien avec une histoire qui se déroule tranquillement, qui raconte les petits riens du village et nous fait vivre les peines et les joies familiales, les évolutions de situation. C’est un volume de transition, tout se met en place pour le final qui prend le chemin d’un happy-end.

Un bonheur si fragile 2, le drame

Michel David – Un bonheur si fragile, tome 2 : le drame – Kennes 2015.

Je suis tombé par hasard sur la suite d‘Un bonheur si fragile  et je replonge dans cette saga avec plaisir.

Ce tome continue la chronique familiale et villageoise tissée autour de Corinne Boisvert. La vie à la ferme continue avec l’aide de Rosaire et du grand-père et cette deuxième année commence avec la naissance de Philippe, le premier enfant de Corinne, et le retour très tardif de Laurent, le jeune père.
La vie familiale reprend bien que Laurent soit presque aussi mesquin que son père et garde ses habitudes d’ivrogne. Les choses s’arrangent un peu lorsqu’il travaille au chantier de construction de l’église du village, surtout que son patron prend pension chez les Boisvert mais la jeune mère va voir ses illusions tomber.
Pendant ce temps, le village s’habitue difficilement à son nouveau curé. La vie politique et sociale de ce petit village s’agite quand Gonzague Boisvert, qui cherche à se faire élire maire, construit un hôtel au centre du village, en opposition totale avec le curé qui y voit un établissement de perdition.

Ce roman est un bon livre de détente, chaque chapitre apporte son anecdote ou sa petite histoire, les personnages sont bien typés, soit gentils soit méchants, et la reconstitution de la vie au début du XXe dans la campagne québécoise est digne des meilleurs romans de terroir.

Je ne vais pas bouder mon plaisir même si je sais que c’est trop beau pour être vrai, le roman nous donne une belle illusion de la vie campagnarde presque autosuffisante. On va laisser le rêve agir et croire à ce fantasme de vie rurale idéalisée et pas si pénible.

Michel David – Un bonheur si fragile, tome 2 : le drame – Kennes 2015

L’étoile du diable

nesbo-L-etoile-du-diableJo Nesbø – L’étoile du diable, traduit par Alexis Fouillet – Gallimard Série noire 2008.

Décidément, j’aime bien ce personnage d’Harry Hole. C’est un alcoolique fini mais sa mauvaise humeur, ses hésitations sentimentales, son obstination en font un héros récurrent très attachant.

Ce roman se déroule alors que la canicule accable Oslo, c’est très crédible puisqu’il fait actuellement plus chaud à Oslo qu’à Toulouse. Toujours est-il qu’Harry a pris des congés pour se consacrer à l’enquête sur le meurtre de sa collègue, ce qui le fait replonger dans l’alcool, se séparer de Rakel, accuser Waller et menacé d’être viré.

Il reprend son activité un peu forcé et se retrouve obligé de travailler avec Waller ; étonnamment, il accepte cette collaboration. Waller lui propose aussi de se joindre à lui et de participer à ses affaires louches et Harry semble à deux doigts d’accepter. Le meurtre initial se duplique et l’affaire tourne à une histoire de serial killer qu’Harry va résoudre en ne croyant pas aux indices trop évidents et au coupable désigné.

Le thriller est efficace mais pas transcendant, l’intérêt du livre tient dans le personnage d’Harry Hole, dans son histoire personnelle avec Waller. Ce roman m’a aussi paru plus littéraire dans ses descriptions, dans le rendu de l’ambiance de cette canicule, et c’est une bonne évolution.

Un été avec Homère

un ete avec homere-tessonSylvain Tesson  – Un été avec Homère – Editions des Equateurs 2018.

L’été 2017 a été homérique : France culture nous a livré une très belle série Celui qu’on appelle Homère et France Inter a fait intervenir Sylvain Tesson sur Homère dans sa série radiophonique Un été avec…

Alors que cet Eté avec Homère  vient de paraître aux éditions des Equateurs, je viens d’écouter le podcast de cette émission.

Je dois avouer que Sylvain Tesson m’a impressionné : il livre un commentaire cultivé de cette œuvre, peut-être un rien pédant mais toujours passionnant. Il sait mettre en valeur les aspects intemporels de ces récits et donne vraiment envie de se plonger dans ces récits.

Tesson recommande les traductions de Brunet pour l’Iliade et de Jacottet pour l’Odysée, les extraits lus par des comédiens sonnent joliment et donnent envie de se plonger dans les 15000 vers de l’Iliade et les 12000 de l’Odyssée, dont à plusieurs reprises Tesson vante les création littéraires.

Ces émissions m’ont fait prendre conscience que je connaissais très mal l’œuvre d’Homère. L’Iliade se concentre sur Achille, elle ne fait qu’évoquer le jugement de Paris, se déroule 10 ans après le début de la guerre de Troie et s’achève avec les funérailles d’Hector. L’Odyssée est certes le récit des péripéties d’Ulysse, y compris la chute de Troie ; elle débute cependant par la quête de Télémaque, et une grande partie du récit est consacrée à la reconquête d’Ithaque et à la vengeance d’Ulysse.

Tout au long de ces récits, les dieux se jouent des hommes, les poussent à la guerre mais se lassent vite et sévissent lorsque les hommes se laissent aller à la démesure, que ce soit par colère ou par vanité. Et cette démesure (ubris), signe de l’oubli du but initial, du manque de fidélité aux promesses, est un des plus grands défauts des hommes.
En même temps, tout au long des récits, la colère mène le monde ; elle est entretenue et punie par les dieux.

Pour continuer l’exploration de nos mythes antiques une autre série est en cours, menée par Giulia Sissa : La vraie vie des héros de l’Antiquité.

Un poème, surgi de la mémoire, explose dans l’éternité. Comment expliquer qu’un récit vieux de plus de 2500 ans, jailli de la mer éternelle, résonne à nos oreilles avec tant de jeunesse, avec un pétillement aussi vivace que celui du ressac sur une côte de marbre. Pourquoi ces vers paraissent-ils avoir été écrits ce matin par un très vieux frère immortel pour nous apprendre de quoi seront faits nos lendemains ?

Je vois deux hypothèses à cela :
– Soit les dieux dont Homère se fait le chantre ont existé et ils ont inspiré leur hagiographe. Ces vers étaient donc faits pour rencontrer notre époque.
– Soit rien n’a changé sous le soleil de Zeus et les thèmes qui traversent les poèmes ; la guerre, la gloire, la grandeur, la mort, sont le combustible impérissable de l’éternel retour. Mais dans les deux cas, le poème homérique est un poème éternel car l’homme, s’il a changé d’habits, est exactement le même personnage misérable et grandiose, qu’il soit casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus dans la France de 2017…

Homère est notre très vieux compagnon d’aujourd’hui, demandons-lui ce qu’il a encore à nous dire…

Sylvain Tesson 

Brioche tressée

Une autre recette du beau livre de Ferrandi, avec cette brioche qui a une mie légère. Le goût est un peu moins prononcé que mes autres brioches mais elle est excellente.

brioche

Ingrédients pour 600 g de pâte

  • 250 g de farine (de gruau)
  • 125 g d’œufs entiers (2 gros)
  • 25 g de lait entier (un peu plus pour compenser si les œufs ne font pas le poids requis)
  • 25 g de sucre
  • 5 g de sel fin
  • 8 g de levure de boulanger fraîche
  • 50 g de crème fraiche
  • 120 g de beurre ramolli

Dorure

  • 25 g d’œuf,
  • 20g de jaune
  • 25 g de lait entier
  • qs sucre en grains
    Ces quantités de lait et d’œufs sont largement surévaluées pour une seule brioche, je fais juste une dorure au lait.
brioche
Tressée et prête à lever

Pour les recettes du type brioche, ce livre recommande un pétrissage sans le beurre, celui-ci est ajouté à la fin.

Mélanger les ingrédients, sauf le beurre, dans la cuve du robot.
Pétrir 5 minutes à vitesse lente puis 15 minutes à vitesse moyenne, la pâte obtenue est élastique et se décolle des parois.

Incorporer le beurre en plusieurs fois et pétrir 5 minutes jusqu’à ce que la pâte se détache des parois.
Filmer et laisser reposer 1/2 h (pointage) à température ambiante.

Dégazer la pâte et laisser 2 h au froid (ou plus, la pâte peut se faire la veille).
Au sortir du frigo, la pâte peut être façonnée en brioche à tête, Nanterre ou tressée.
Il y a assez de pâte pour 2 moules ou une belle brioche tressée.

Rouler la pâte en boudin et faire 3 parts que l’on va  tresser.

Dorer au pinceau, ajouter le sucre grains et faire lever 1 heure en étuve (four éteint avec un verre d’eau), la pâte doit doubler de volume.

Enfourner à 170°C pendant 25 minutes et faire refroidir sur une grille.

brioche tressee
Miam !

Ce monde disparu

Dennis Lehane, Ce monde disparu, traduit par Isabelle Maillet – Rivages 2015.

Dernier volet de la trilogie Coughlin, ce roman se déroule pendant le 2e guerre mondiale. Joe Coughlin a laissé la direction des affaires à son ami Dion Bartollo, il a gardé un rôle de consigliere et se consacre à l’éducation de son fils Tomas.

Le début du roman démarre assez lentement avec Joe qui vit paisiblement sa semi-retraite alors que la guerre complique les affaires, qu’une taupe semble s’être introduite dans la famille, que Dion n’est plus tout à fait à la hauteur et qu’une guerre de territoire se déclenche.

Une rumeur de contrat sur Joe ne l’inquiète pas vraiment mais il va tout de même mener sa petite enquête. Le dernier tiers du roman part sur les chapeaux de roues, avec un fond de règlements de comptes et d’intervention de la Commission, assemblée des parrains, où Joe passe un sale quart d’heure.

La fin du livre, surprenante, est digne des drames antiques et donne à ce roman une gravité remarquable.