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Le cas Malaussène

Pennac nous ramène Benjamin Malaussène ; et après tout ce temps, c’est toujours un plaisir de retrouver ce héros atypique et sa tribu.

Benjamin passe ses vacances dans le Vercors tout en surveillant Alceste, un des poulains des éditions du Talion qui se sont reconvertis dans les vévés, auteurs de vérité vraie. Il a vieilli notre personnage, ses enfants sont grands et l’ont tous abandonné pour passer leurs vacances aux 4 coins du monde au service d’ONG, et il est touchant dans sollicitude envers ces jeunes adultes.

Le roman s’intéresse aussi à Lapiéta, homme d’affaires à la Tapie, qui doit toucher un joli pactole de fin de mission. Lapiéta est enlevé et bien sûr Benjamin va se trouver mêlé de façon involontaire à cette histoire…

J’avoue que j’étais un peu sceptique, je craignais une resucée insipide mais Pennac sait toujours nous enchanter. Les personnages sont toujours aussi truculents, atypiques, bien campés et le style est fluide. Ce volume est la première partie et j’attends la suite avec impatience… D’ici là, je crois que je vais reprendre les Malaussène car ses petits rappels m’ont donné envie de me replonger dans la série.

Daniel Pennac – Le cas Malaussène, ils m’ont menti – Gallimard 2017

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Brioche Felder

Il y a déjà quelques recettes de brioches sur ce blog, mais je partage ici celle de Felder qui me convient bien : facile à faire, un bon goût, une belle mie et se conserve bien (enfin 2 jour, après il n’y en a plus). Certes, elle est moins fine que celles de Conticini ou Lenôtre mais elle est beaucoup moins grasse tout en étant bien équilibrée et délicieuse.

Cette recette de base peut se décliner en brioches individuelles, Nanterre ou tressée, elle sert aussi de base à la brioche suisse, garnie de crème pâtissière.

  • 250 g de farine type 45 ou gruau
  • 30 g de sucre
  • 1 cc de sel
  • 10 g de levure fraiche ou 1 paquet de Briochin
  •  3 œufs (150 g)
  • 165 g de beurre (à température ambiante)
  • 1 œuf pour la dorure
  • et 50 g de farine pour le plan de travail

Mettre la farine, la levure, le sel et le sucre dans la cuve du robot. Comme le levure ne doit pas toucher le sel ni le sucre, je les mets au fond et recouvre de farine et je termine par la levure.
Ajouter les œufs et pétrir à vitesse lente 2 à 3 minutes pour obtenir un pâte très dense.
Incorporer le beurre en continuant de pétrir puis augmenter la vitesse et pétrir 10 à 15 minutes à vitesse moyenne, jusqu’à ce que la pâte soit élastique et se détache des parois.
Recouvrir d’un torchon humide et laisser pousser 1 heure à température ambiante, la pâte doit doubler de volume. Si la cuisine est à une température raisonnable (+/-20°C), cela prend BEAUCOUP plus de temps, il y a toujours la possibilité de mettre dans un four tiédi à 35°C et arrêté.
Quand la pâte a bien poussé, la dégazer, l’étaler grossièrement ou en faire 2 boudins et la mettre 2 heures au réfrigérateur.

Quand la pâte est bien froide, elle est facilement manipulable. Faire des boules de 30 à 50 g pour des petites brioches (on peut même faire des brioches à tête). J’aime bien l’option 3 ou 4 boules dans un moule à cake (beurré) pour une brioche à trancher ou bien sûr le moule à brioche.
Quand la brioche est façonnée, dorer une première fois avec le jaune d’œuf (ou même l’œuf entier), allongé d’un peu de lait et laisser pousser 2 heures, la brioche doit à nouveau doubler de volume.
Quand c’est prêt, redorer et enfourner dans un four préchauffé à 180° C. Felder conseille 12 minutes pour les petites et 20 pour les grandes, avec mon four c’est 20 minutes quelle que soit la taille !

Laisser tiédir avant de démouler.

On peut aisément doubler les proportions, c’est ce que j’ai fait sur les photos. J’ai façonné façon « butchy » avec des petites boules dans un moule rectangulaire et saupoudré de sucre glace à la sortie du four.

et miam !

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L’archipel d’une autre vie

Je n’avais rien lu de Makine depuis son prix Goncourt, je retrouve un écrivain avec un très beau style et une histoire forte, une belle surprise.

Le narrateur, jeune homme au début du roman, cherche a vaincre son désœuvrement par une exploration des environs du village de Sibérie où il est cantonné. Il est intrigué par un homme qui cherche à se rendre invisible et le suit dans la taïga où il est vite repéré et arrêté par l’homme qu’il poursuit. L’orphelin n’a pas de mauvaises intentions, raconte sa petite expérience, surtout, va écouter le récit incroyable de la vie de son compagnon.

Pavel Gartsev, réserviste qui a fait participé aux combats de la 2e guerre mondiale, est mobilisé alors que la guerre de Corée fait craindre une attaque atomique de la part des Américains et il est envoyé en Extrême-orient sibérien. Un prisonnier s’est échappé d’un camp voisin et Pavel est réquisitionné dans l’équipe qui doit ramener l’évadé pour faire un exemple.

Les 5 poursuivants, officiers et soldats, trouvent rapidement la piste du fuyard mais peinent à le capturer, toujours distancés ou piégés par son adresse. La longueur de la chasse fait ressortir les caractères de chacun, la bande des poursuivants se délite au fur et à mesure des blessures et les soldats finissent par éprouver de la sympathie envers la proie qui leur échappe, surtout quand ils devinent son identité.

Cette course poursuite nous plonge dans la taïga et Makine nous décrit merveilleusement sa diversité et son immensité (Tesson peut prendre des leçons). C’est une sacrée course poursuite qui nous est racontée et Pavel, dernier poursuivant, est sauvé par le fugitif. La poursuite infernale permet aussi à Pavel d’abandonner ses craintes et ses préjugés et c’est un homme neuf, beaucoup plus fort, qui se révèle et qui va prendre son destin en main.

Ce très beau roman arrive à nous plonger dans les ravages de la guerre, les excès du système soviétique et se termine par un éloge de la frugalité et de la nature.

Andreï Makine – L’archipel d’une autre vie – Seuil 2016

Babylone

Les livres de la rentrée 2016 ne débordaient pas d’optimisme avec la nounou de Leïla Slimani (Goncourt) qui assassine les bambins qu’elle garde, Jablonka (Médicis) qui se penche sur un fait divers sanglant ou  Gaël Faye (Goncourt des Lycéens) qui raconte le génocide au Burundi ; Yasmina Reza est un peu dans la même veine avec un meurtre domestique. Elle a obtenu le Renaudot avec ce roman mais je suis sans doute plus difficile que le jury de ce prix littéraire car je trouve ce roman sympathique mais loin d’être exceptionnel.

Elisabeth, la narratrice, réunit quelques amis et voisins pour une soirée. Un peu plus tard, dans la nuit, leur voisin Jean-Lino vient leur dire qu’il a tué sa compagne, la tentation est grande de maquiller le crime et Elisabeth va tenter de l’aider.

Les deux font un peu Pieds nickelés et on frise le Grand Guignol dans une histoire peu crédible. Et pourtant ce roman ne me laisse pas indifférent car j’ai l’impression que l’auteur a très bien construit ses personnages, qu’elle ne laisse affleurer qu’une partie de ce qu’ils sont. Que ce soit le couple Jean-Lino/Lydie, celui d’Elisabeth et Pierre ou leurs amis, on découvre en vrac et en désordre des petits pans de leur histoire ou de leur personnalité et on aimerait bien en connaître un peu plus. Il aurait juste fallu mettre autant d’ardeur à fignoler le scénario que les personnages.

Yasmina Reza – Babylone – Flammarion 2016

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Jubé

Le concile de Trente (1542-1563), moteur de la Contre-Réforme, a fait évoluer beaucoup de choses dans l’Église mais aussi dans l’iconographie religieuse : c’est à sa suite que les Mises au tombeau ont disparu et que le baroque s’est développé. Le concile a redéfini les sacrements et leur organisation et a décidé que les fidèles pourraient assister à la célébration de l’eucharistie. Pour ce faire, il ne fallait pas que l’autel soit enfermé dans une enceinte réservée aux seuls ecclésiastiques et dignitaires mais ouvert sur la nef. Le chœur était séparé de la nef par un jubé qui a alors été supprimé, à quelques exceptions près. Et bien sûr, ce sont ces exceptions qui m’intéressent (je dois avoir quelques gènes d’irréductibles gaulois).

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Troyes – Eglise Ste Madeleine

Les jubés n’ont pas tous été supprimés aussitôt, certains ne l’ont été qu’au XIXe et les chapelles privées l’ont conservé. Quelques édifices ont gardé l’ancienne organisation (Ste Marie d’Auch et son magnifique chœur sculpté, Ste Cécile d’Albi), d’autres ont conservé le jubé en le déplaçant (Limoges) et Sens a remplacé le sien par une superbe grille au XVIIIe. Le hasard de mes pérégrinations m’a aussi fait découvrir le jubé de Ste Madeleine de Troyes, de St Etienne du Mont à Paris ou de chapelles bretonnes, je trouve que cet élément architectural s’intègre magnifiquement bien à ces édifices gothiques.

Paris – Église St Etienne du Mont

Le jubé ferme le chœur, on appelle aussi cette clôture le chancel et cette fonction se retrouve dans l’iconostase orthodoxe ; il intègre aussi l’ambon, tribune pour la lecture des textes et les prêches, surélevée pour être mieux entendu ; enfin, il est dominé par une Crucifixion portée par une poutre de gloire, ou tref. La poutre a pu subsister à la destruction du jubé, il arrive aussi que la Crucifixion soit déplacé dans le chœur. Le nom de jubé vient de la prière récitée avant les lectures : « jube, domine, benedicere » (daigne me bénir, Seigneur…).

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Quimperlé – Chapelle du Faou
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Quimperlé – Chapelle du Faou
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Pluneret – Chapelle Ste Avoye

La chaire a remplacé le jubé dans la fonction de tribune, ce qui explique qu’il y ait peu de chaires médiévales (je ne connais que celle de Pise).

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Pluneret – Chapelle Ste Avoye
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Pluneret – Chapelle Ste Avoye

La chapelle de Brou, St Bertrand de Comminges ou de nombreuses églises bretonnes ont encore des jubés, c’est un but de promenade pas désagréable, on risque de voir d’autres photos de jubés sur ce blog.

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Pluneret – Chapelle Ste Avoye

Les chutes

9782757835920J’ai commencé ce livre il y a plus de 6 mois, je l’ai abandonné et repris plusieurs fois, ce n’est pas bon signe. Ce n’est pas un mauvais livre mais c’est un gros pavé qui n’avance pas, je devais avoir besoin de lectures plus faciles, de « page-turners » comme on dit en bon franglais, mais je l’ai fini car c’est indiscutablement une bonne histoire.

Le roman est centré autour de trois périodes de la vie d’Ariah. En 1950, elle se marie et son mari se suicide le lendemain de la nuit de noces ;  elle épouse Dirk Burnaby, avocat bien en vue à Niagara Falls, et leur couple  est submergé par une affaire qui coupe Dirk de son monde ; quelques années plus tard, l’action du roman se concentre sur les enfants d’Ariah qui essayent d’échapper à l’emprise de leur mère. Le personnage d’Ariah fait partie des grandes bonnes femmes de la littérature ; elle marque par sa personnalité, même si elle n’est pas sympathique, très froide, fermée, presque hautaine.

Le roman se déroule sur une trentaine d’années et le contexte donne une sacrée description de l’Amérique, la collusion des élites, le déni du danger des industries chimiques, l’émergence d’une conscience écologique, la vie de blancs de classe inférieure… Bien que j’ai eu du mal avec le style, beaucoup de descriptions minutieuses qui ralentissent le récit, ce livre va rester en mémoire et je vais me souvenir de ses personnages, donc c’est un bon roman.

Joyce Carol Oates – Les chutes, traduit par Claude Seban – Seuil 2005