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Biscuits aux flocons d’avoine

Quand tu as un paquet de flocons d’avoine entamé et que tu ne veux pas faire de porridge ou les utiliser dans ton muesli matinal, tu cherches des recettes. C’est ainsi que j’ai découvert ce qui faisait l’originalité des digestive biscuits.

L’ajout de flocons d’avoine donne du croustillant et de légèreté. Je partage ici des recettes trouvées sur le Journal des femmes, où l’on peut utiliser des flocons tels quels (petite taille) ou broyés en farine.

Biscuits croustillants

Ingrédients

  • 170 g farine complète
  • 100 g beurre ferme coupé en dés
  • 50 g flocons d’avoine
  • 40 g cassonade
  • 1 pincée de sel
  • 1 cuillère à café de levure

Instructions

  1. Mettre tous les ingrédients dans un robot et malaxer jusqu’à ce que la pâte se décolle des parois. Terminer d’amalgamer à la main si besoin
  2. Préchauffer le four à 190°C (thermostat 6).
  3. Sur un plan de travail, abaisser la pâte à 5 mm d’épaisseur et détailler des disques à l’emporte-pièce (4 ou 5 cm c’est parfait).
  4. Répartir les biscuits sur une plaque recouverte de papier de cuisson et enfourner 15 minutes.

Il existe une recette de Biscuits aux raisins qui intègre un oeuf dans la recette, les biscuits sont moins croustillants, je préfère ajouter des raisins dans le sablé.

Digestive biscuits

Ingrédients

  • 100 g farine de blé (blanche ou moitié de complète)
  • 120 g flocons d’avoine
  • 130 g beurre demi-sel en dés mou
  • 50 g sucre roux
  • 30 g vergeoise blonde (ou muscovado)
  • 1 cc levure chimique
  • 1/2 cc de bicarbonate de soude

Instructions

  1. Mixer grossièrement les flocons d’avoine et les mettre dans le bol du robot
  2. Les mélanger avec la farine, les sucres, la levure chimique et le bicarbonate.
  3. Ajouter les dés de beurre demi-sel bien mous (pas fondu).
  4. Sabler à petite vitesse, jusqu’à consistance de sable grossier très humide. Malaxer ensuite jusqu’à pouvoir former une boule de pâte.
  5. Emballer la boule dans du film étirable et réfrigérer 20 minutes.
  6. Préchauffer le four à 180°C.
  7. Etaler la boule de pâte entre deux feuilles de papier sulfurisé sur 4 mm d’épaisseur environ. (important : ne pas se fariner les mains, ne pas fariner le plan de travail, ni le rouleau).
  8. Découper les biscuits à l’aide d’un emporte-pièce 5  à 6 cm de diamètre, les déposer sur une plaque recouverte de papier sulfurisé.
  9. Piquer à la fourchette ou décorer les biscuits et enfourner à 180°C de 10 à 15 minutes. Il faut que les biscuits prennent une jolie teinte dorée, sans foncer ni sur les bords, ni sur le dessus.

Salina

Laurent Gaudé – Salina, les trois exils – Actes Sud 2018.

Si vous avez aimé La mort du roi Tsongor, vous allez retrouver cette ambiance de conte épique vaguement philosophique. Ce livre se lit bien, servi par la très belle écriture de Laurent Gaudé, des personnages intéressants et un peu de poésie apportée par le fantastique mais il manque un petit peu de sel pour que je trouve ce livre admirable.

Le fils de Salina doit raconter la vie de sa mère pour que les portes du cimetière marin s’ouvrent. C’est une jolie idée et le fils raconte avec émotion cette mère déposée dans le village des Djimba, qui a épousé le frère de celui qu’elle aimait, qui est chassée de son village et se réfugie dans la haine et la vengeance avant de connaître la rédemption.

Gaudé nous a habitué à plus de subtilité ; le parcours de Salina a quelque chose d’un peu simpliste, des émotions trop frustres pour que ce roman, adapté d’un pièce, soit bouleversant.

Evasion

Benjamin Whitmer – Evasion, traduit par Jacques Mailhos – Gallmeister 2018.

Les premiers chapitres de ce roman sont une plongée dans un bain de violence d’une rare intensité, poussée au niveau de Ellroy mais sans la vulgarité, ce qui la rend encore plus forte. Accrochez-vous et vous allez découvrir un superbe roman d’une noirceur infinie mais subtil et très puissant. Le roman se déroule en 1968 mais reste tout à fait actuel ; il dresse le portrait d’une Amérique ravagée, raciste, haineuse, pauvre, déclassée ; exactement celle qui a voté Trump.

Noël 1968, une douzaine de détenus s’évadent de la prison de Old Lonesome, au fin fond du Colorado, alors même que sévit une tempête de blizzard. Une chasse à l’homme impitoyable se met en place, menée par le directeur Jugg, véritable dictateur de la prison et de la ville. Les gardiens ou les journalistes qui participent à cette traque sont marqués par la guerre, en Europe, Corée ou Viet-Nam ; quelques-uns y ont laissé des neurones, la plupart sont conditionnés par ce qu’ils ont vécu sur le champ de bataille. Le roman n’évoque pas seulement la chasse à l’homme mais s’attarde aussi sur l’histoire des protagonistes, vue avec différentes focales, et parvient dresser des portraits sensibles de ces brutes.

Quelques personnages sortent du lot : Mopar Horn, évadé obnubilé par Molly
dont il a tué le mari ; sa cousine Dayton qui part à sa recherche et se révèle une sacrée bonne femme qu’il ne faut pas embêter ; Jim Cavey, gardien atypique, pisteur hors pair qui est englué dans ses conflits internes et Charles Coleman, le garagiste noir qui ne hurle pas avec les loups.

Tous les habitants de la ville sont concernés par l’évasion et ce roman décrit une société désespérée, à bout de souffle, un microcosme englué dans la pauvreté et la misère.

Quel Homère ?

Je commence l’année avec du classique et les œuvres fondatrices de la littérature.

Un été avec Homère et surtout la série Celui qu’on appelle Homère m’ont renforcé dans mon envie de lire les poèmes d’Homère dont je connais plus ou moins la trame à partir de versions synthétiques ou de recueils de mythologie.

La scansion de Philippe Brunet m’a convaincue que ces textes déclamés par des aèdes devaient s’apprécier en lecture à haute voix, ce qui n’est pas à faire dans le métro… En revanche, mes récentes expériences d’Ovide ou de Suétone m’ont rappelé l’importance d’avoir une traduction fluide, avec un style lisible.

homere
Ingres – L’apothéose d’Homère (Homère déifié) – 1827 – Musée du Louvre

L’Iliade et l’Odyssée existent dans plusieurs versions. Sylvain Tesson recommande les version de poètes, Brunet pour l’Iliade et Jacottet pour l’Odyssée ; les versions de Bérard et Mazon semblent aussi assez cotées, celles de Flacelière et Bérard sont en alexandrins blancs… laquelle choisir ?
Le choix est difficile et j’ai essayé de me baser sur la première page de l’Iliade comme test. J’ai un faible pour la version Brunet mais celle de Backès n’est pas mal non plus.

Leconte de Lisle

Ed Alphonse Lemerre, 1866. Disponible en Pocket et ebooks gratuits.

Chante, Déesse, du Pèlèiade Akhilleus la colère désastreuse, qui de maux infinis accabla les Akhaiens, et précipita chez Aidès tant de fortes âmes de héros, livrés eux-mêmes en pâture aux chiens et à tous les oiseaux carnassiers. Et le dessein de Zeus s’accomplissait ainsi, depuis qu’une querelle avait divisé l’Atréide, roi des hommes, et le divin Akhilleus.

Qui d’entre les Dieux les jeta dans cette dissension ? Le fils de Zeus et de Lètô. Irrité contre le Roi, il suscita dans l’armée un mal mortel, et les peuples périssaient, parce que l’Atréide avait couvert d’opprobre Khrysès le sacrificateur.

Et celui-ci était venu vers les nefs rapides des Akhaiens pour racheter sa fille ; et, portant le prix infini de l’affranchissement, et, dans ses mains, les bandelettes de l’Archer Apollôn, suspendues au sceptre d’or, il conjura tous les Akhaiens, et surtout les deux Atréides, princes des peuples :
– Atréides, et vous, Akhaiens aux belles knèmides, que les Dieux qui habitent les demeures olympiennes vous donnent de détruire la ville de Priamos et de vous en retourner heureusement ; mais rendez-moi ma fille bien aimée et recevez le prix de l’affranchissement, si vous révérez le fils de Zeus, l’Archer Apollôn.

Et tous les Akhaiens, par des rumeurs favorables, voulaient qu’on respectât le sacrificateur et qu’on reçût le prix splendide ; mais cela ne plut point à l’âme de l’Atréide Agamemnôn, et il le chassa outrageusement, et il lui dit cette parole violente :
– Prends garde, vieillard, que je te rencontre auprès des nefs creuses, soit que tu t’y attardes, soit que tu reviennes, de peur que le sceptre et les bandelettes du Dieu ne te protègent plus. Je n’affranchirai point ta fille. La vieillesse l’atteindra, en ma demeure, dans Argos, loin de sa patrie, tissant la toile et partageant mon lit. Mais, va ! ne m’irrite point, afin de t’en retourner sauf.

Il parla ainsi, et le vieillard trembla et obéit. Et il allait, silencieux, le long du rivage de la mer aux bruits sans nombre. Et, se voyant éloigné, il conjura le roi Apollôn que Lètô à la belle chevelure enfanta :
– Entends-moi, porteur de l’arc d’argent, qui protège Khrysè et Killa la sainte, et commandes fortement sur Ténédos, Smintheus ! Si jamais j’ai orné ton beau temple, si jamais j’ai brûlé pour toi les cuisses grasses des taureaux et des chèvres, exauce mon vœu : que les Danaens expient mes larmes sous tes flèches !

Paul Mazon

Les Belles Lettres, 1938-1939. Disponible en Folio

Chante, déesse, la colère d’Achille, le fils de Pélée ; détestable colère, qui aux Achéens valut des souffrances sans nombre et jeta en pâture à Hadès tant d’âmes fières de héros, tandis que de ces héros mêmes elle faisait la proie des chiens et de tous les oiseaux du ciel – pour l’achèvement du dessein de Zeus. Pars du jour où une querelle tout d’abord divisa le fils d’Atrée, protecteur de son peuple, et le divin Achille.

Qui des dieux les mit donc aux prises en telle querelle et bataille ? Le fils de Létô et de Zeus. C’est lui qui, courroucé contre le roi, fit par toute l’armée grandir un mal cruel, dont les hommes allaient mourant; cela, parce que le fils d’Atrée avait fait affront à Chrysès, son prêtre. Chrysès était venu aux fines nefs des Achéens, pour racheter sa fille, porteur d’une immense rançon et tenant en main, sur son bâton d’or, les bandelettes de l’archer Apollon ; et il suppliait tous les Achéens, mais surtout les deux fils d’Atrée, bons rangeurs de guerriers:

« Atrides, et vous aussi, Achéens aux bonnes jambières, puissent les dieux, habitants de l’Olympe, vous donner de détruire la ville de Priam, puis de rentrer sans mal dans vos foyers ! Mais, à moi, puissiez-vous aussi rendre ma fille ! et, pour ce, agréez la rançon que voici, par égard pour le fils de Zeus, pour l’archer Apollon. »

Lors tous les Achéens en rumeur d’acquiescer: qu’on ait respect du prêtre ! que l’on agrée la splendide rançon ! Mais cela n’est point du goût d’Agamemnon, le fils d’Atrée. Brutalement il congédie Chrysès, avec rudesse il ordonne :

« Prends garde, vieux, que je ne te rencontre encore près des nefs creuses, soit à y traîner aujourd’hui, ou à y revenir demain. Ton bâton, la parure même du dieu pourraient alors ne te servir de rien. Celle que tu veux, je ne la rendrai pas. La vieillesse l’atteindra auparavant dans mon palais, en Argos, loin de sa patrie, allant et venant devant le métier et, quand je l’y appelle, accourant à mon lit. Va, et plus ne m’irrite, si tu veux partir sans dommage. »

Il dit, et le vieux, à sa voix, prend peur et obéit. Il s’en va en silence, le long de la grève où bruit la mer, et, quand il est seul, instamment le vieillard implore sire Apollon, fils de Létô aux beaux cheveux:

« Entends-moi, dieu à l’arc d’argent, qui protèges Chrysé et Cilla la divine, et sur Ténédos règnes souverain ! Ô Sminthée, si jamais j’ai élevé pour toi un temple qui t’ait plu, si jamais j’ai pour toi brûlé de gras cuisseaux de taureaux et de chèvres, accomplis mon désir : fassent tes traits payer mes pleurs aux Danaens !

Robert Flacelière

Gallimard, collection Bibliothèque de la Pléiade 1956, rééd. 1993 – (L’Odyssée est traduite par Victor Bérard).

Déesse, chante nous la colère d’Achille, de ce fils de Pélée, -colère détestable qui valu aux Argiens d’innombrables malheurs et jeta dans l’Hadès tant d’âmes de héros, livrant leurs corps en proie aux oiseaux comme aux chiens : ainsi s’accomplissait la volonté de Zeus. Commence à la querelle où deux preux s’affrontèrent : l’Atride, chef de peuple, et le divin Achille.

LA PESTE ET LA QUERELLE
Quel dieu les fit se quereller et se combattre ? C’est Apollon , le fils de Zeus et de Létô. Ce dieu, contre le roi s’étant mis en courroux, déchaîna sur l’armée un horrible fléau, dont les hommes mouraient , à cause de l’affront que son prêtre Chrysès reçu du fils d’Atrée.
Pour racheter sa fille au prix de grands trésors, Chrysès était venu vers les sveltes vaisseaux de la flotte achéenne et , sur un sceptre d’or, de l’Archer Apollon portant les bandelettes, il priait les Argiens, mais surtout les deux chefs de guerre, fils d’Atrée :
Chrysès : Atrides, et vous tous, Argiens aux belles guêtres, puissent les immortels, habitants de l’Olympe, vous donner de piller la ville de Priam, puis de rentrer dans vos demeures sains et saufs ! Mais rendez-moi ma fille, agréez ma rançon, par égard pour l’Archer Apollon, fils de Zeus.
Lors, d’une seul voix, les Argiens approuvèrent : qu’on traite avec honneur le prêtre en acceptant la splendide rançon ! Mais autre fut l’avis d’Agamemnon l’Atride. Il renvoya Chrysès par cet ordre brutal :
Agamemnon : Ah ! crains vieillard , si je te vois près….

Mario Meunier

Albin Michel, 1956. Disponible en Livre de Poche

Chante, Déesse, la colère du Péléide Achille, pernicieuse colère qui valut aux Achéens d’innombrables malheurs, précipita chez Hadès les âmes généreuses d’une foule de héros, et fit de leurs corps la proie des chiens et de tous les oiseaux — ainsi s’accomplissait la volonté de Zeus — depuis le moment où, sitôt après leur querelle, se séparèrent l’Atride roi des guerriers, et le divin Achille. Quel dieu les jeta dans la lutte et dans ce désaccord ? Le fils de Latone et de Zeus. C’est lui qui, irrité contre le roi, suscita dans l’armée une contagion funeste, et les combattants périssaient, parce que l’Atride avait outragé Chrysès, ministre des prières. Chrysès, en effet, était venu vers les rapides vaisseaux des Achéens pour racheter sa fille ; il apportait une immense rançon, tenait en ses mains, tombant du haut de son sceptre d’or, les bandelettes d’Apollon dont le trait porte loin, et suppliait tous les Achéens, surtout les deux Atrides, ordonnateurs des troupes :

— Atrides, et vous autres, Achéens aux belles cnémides, que les dieux qui habitent les demeures de l’Olympe vous donnent de détruire la ville de Priam et de revenir heureusement chez vous ! Puissiez-vous aussi délivrer ma chère fille, et recevoir toute cette rançon par égard pour le fils de Zeus, Apollon dont le trait porte loin ! »

Tous les Achéens déclarèrent alors qu’il fallait respecter le sacrificateur, et recevoir la rançon magnifique. Mais cette résolution n’agréa point au cœur d’Agamemnon l’Atride. Durement il renvoya Chrysès, et lança contre lui cet ordre véhément :

— Que je ne te rencontre plus, vieillard, auprès des nefs creuses, soit t’y attardant comme présentement, soit y revenant ensuite une autre fois, de peur que ne te servent à rien ton sceptre et ta bandelette divine ! Ta fille, je ne l’affranchirai point ; la vieillesse auparavant l’atteindra, dans notre demeure, en Argolide, loin de sa patrie, travaillant au métier et partageant mon lit. Va donc ; ne me provoque pas, si tu veux t’en aller toujours aussi valide.

Ainsi parla-t-il, et le vieillard et peur et obéit à l’ordre. Il suivit en silence le bord de la mer au sourd déferlement. Avec ferveur ensuite, une fois à l’écart, le vieil homme invoqua le seigneur apollon, qu’enfanta Latone aux superbes cheveux :
– Ecoute-moi, dieu dont l’arc est d’argent, toi qui protèges Chrysa et Cilla très divine, et qui en souverain règnes sur Ténédos, ô Sminthée ! Si jamais tu t’es plu dans un temple que d’un toit j’ai couvert, et si jamais pour toi j’ai fait brûler de grasses cuisses de taureaux ou de chèvres, accorde-moi ce vœu : que les Danaens puissent payer mes pleurs sous le coup de tes flèches !

Eugène Lasserre

Garnier Frères, 1960. Disponible en GF.

Chante la colère, déesse, du fils de Pélée, Achille, colère funeste, qui causa mille douleurs aux Achéens, précipita chez Adès mainte âme forte de héros, et fit de leurs corps la proie des chiens et des oiseaux innombrables : la volonté de Zeus s’accomplissait. Commence à la querelle qui divisa l’Atride, roi de guerriers, et le divin Achille.

Quel dieu, en cette querelle, les lança l’un contre l’autre ? – Le fils de Latone et de Zeus. Irrité contre le roi, il suscita dans l’armée un mal pernicieux, et les troupes périssaient, parce que Chrysès avait été outragé, lui, le prêtre, par l’Atride.

Chrysès était venu aux vaisseaux fins des Achéens pour délivrer sa fille, apportant une rançon immense. Ses mains tenaient les bandelettes d’Apollon qui frappe au loin, fixées au sommet du sceptre doré. Il suppliait tous les Achéens, et surtout les deux Atrides, rangeurs de troupes :
« Atrides, et autres Achéens aux belles cnémides, veuillent les dieux, habitants des demeures de l’Olympe, vous laisser détruire la ville de Priam, et rentrer heureusement dans vos maisons ! Veuillez aussi délivrer ma fille, et acceptez cette rançon, par respect pour le fils de Zeus, Apollon qui frappe au loin ! »

Tous les Achéens approuvèrent l’idée de respecter le prêtre, et d’accepter la rançon magnifique. Mais l’Atride Agamemnon en eut du déplaisir au cœur. Méchamment, il renvoya Chrysès, sur cet ordre rude :
« Ne te trouve pas devant moi, vieillard, près de nos vaisseaux creux, ni aujourd’hui, en t’y attardant, ni plus tard, en revenant ici ! Ou crains que te soient inutiles le sceptre et les bandelettes du dieu. Ta fille, je ne la délivrerai pas, la vieillesse l’atteindra plutôt, dans notre maison, en Argolide, loin de sa patrie, tissant la toile et venant dans mon lit. Va-t’en, ne m’irrite pas, si tu veux partir sans plus de dommage.»

À ces mots, le vieillard eut peur, et obéit. Il suivit en silence le bord de la mer tumultueuse. Une fois à l’écart, il pria avec ferveur le roi Apollon, qu’enfanta Latone aux beaux cheveux :
« Ecoute-moi, archer à l’arc d’argent, qui veilles autour de Chrysé et de la divine Cilla, roi souverain de Ténédos, Sminthée si jamais tu t’es plu au temple que j’ai couvert pour toi, si jamais j’ai brûlé, pour toi, des cuisses grasses de taureaux et de chèvres, exauce-moi ce vœu : fais payer aux Danaens mes larmes de tes traits.

Louis Bardollet

Robert Laffont, collection Bouquins, 1995.

Chante, déesse, la colère d’Achille le Péléide, la colère maudite qui causa mille souffrances aux Achéens, chez Hadès précipita maintes âmes vaillantes de héros et fit d’eux la proie des chiens et de tous les oiseaux , dans l’accomplissement des volontés de Zeus… Oui, prends au tout début, quand la querelle divisa le seigneur suzerain fils d’Atrée et le divin Achille.

Qui des dieux donc l’un contre l’autre les jeta dans les luttes d’une querelle ?… Ce fut le fils de Zeus et de Léto. Pris de colère contre le roi, à travers l’armée il suscita une mauvaise maladie ; et le peuple des guerriers de périr, parce que l’Atride avait traité sans égard son prêtre Chrysès… Celui-ci était venu aux nefs rapides des Achéens pour délivrer sa fille, apportant une immense rançon ; dans les mains, au haut du bâton d’or, les bandelettes d’Apollon, le tireur infaillible. Et il avait prié tous les Achéens, les deux Atrides surtout, ordonnateurs du peuple des guerriers :
« Fils d’Atrée, et vous aussi, Achéens porteurs de bonnes jambières, que vous donnent les dieux qui tiennent les olympiennes demeures de mettre à sac la cité de Priam et d’heureusement de revenir au pays!… mais mon enfant, ah ! délivrez-la moi et recevez cette rançon, en révérence du fils de Zeus, Apollon, le tueur infaillible.»
Tous les Achéens alors d’approuver et de clamer que l’on respectât le prêtre et reçut la splendide rançon,… tous, hormis Agamemnon l’Atride : la chose ne fut pas agréable à son cœur. Il congédia le prêtre méchamment, usant de termes violents pour lui donner ses ordres :
« Que je te rencontre pas, vieillard, près des nefs creuses, à t’attarder aujourd’hui ou revenir plus tard ! prends garde que ton bâton et la bandelette du dieu ne te soient inutiles !… La fille, je ne la délivrerai pas. Elle verra venir, avant, la vieillesse dans ma maison, en Argos, loin de sa patrie, se mettant au métier et marchant à mon lit… Va, ne me provoque pas, pour t’en retourner, toi du moins, sain et sauf.»
Il dit. Le vieil homme fut pris de peur et obéit à l’ordre. En silence, il suivit la grève où la mer multiplie sa rumeur et une fois rendu….

Philippe Brunet

Seuil, 2010

Chante Déesse, l’ire d’Achille Pélléiade, ire funeste qui fit la douleur de la foule achéenne, précipita chez Hadès, par milliers les âmes farouches des guerriers, et livra leurs corps aux chiens en pâture, aux oiseaux en festin -achevant l’idée du Cronide-, depuis le jour où la discorde affronta l’un à l’autre Agamemnon, le souverain maître, et le divin Achille.

La peste

Qui, des dieux, déclencha l’affrontement des deux hommes ? L’enfant de Zeus et de Létô. Il jeta, courroucé par le maître, sur l’armée, un mal odieux, dont les hommes moururent, puisque Chrysès, son prêtre, avait reçu un outrage d’Agamemnon.  Le prêtre, venu jusqu’aux nefs achéennes pour délivrer sa fille, portait la rançon innombrable, arborait les emblèmes du dieu-des-cibles-lointaines, haut sur le sceptre d’or, suppliait les Argiens de la foule, et surtout les deux Atréides, maîtres des hommes :
« Vous, Atréides,  et vous, Achéens aux jambières solides, puissent les dieux vous donner, les dieux vivant sur l’Olympe, d’anéantir la cité de Priam, de rentrer sur vos terres ! Mais libérez ma fille et prenez la rançon en échange : craignez le fils de Zeus, Apollon, dieu-des-cibles-lointaines.»

Les Achéen, unanimes alors, d’une voix consentirent à respecter le prêtre, à garder la rançon éclatante,ce qui déplut au cœur d’Agamemnon l’Atréide. Il le chassa rudement, l’accabla de paroles terribles :
« Si jamais je te vois, vieillard, près des creuses carènes ou t’attarder ce jour, ou plus tard revenir à la charge, sceptre et emblèmes du dieu te seront, à toi, inutiles. Je ne la rendrai pas, elle attendra la vieillesse dans mon palais d’Argolide, loin du pays de ses pères, à manœuvrer la navette, à se pavaner sur ma couche ! Va ! Ne m’irrite plus, si tu veux repartir sans dommage !»

Le vieillard prit peur, obéit à son ordre. En silence, il longea la rive de l’onde retentissante. Quand il se fut éloigné, le vieillard tourna ses prières vzers le signeur Apollon qu’enfenta Létô boucles-belles :
« Entends-moi, dieu de l’arc-argent ! Sur Chrysè tu domines, et sur la sainte Cilla, et de toi Ténédos est sujette : si jamais, Sminthée, couvert de ton temple splendide, si j’ai jamias grillé pour toi des cuisses luisantes de taureaux ou de chèvres, veuille accomplir ma demande :Ces Danaéens, qu’ils paient de tes flèches le prix de mes larmes !»

(entendre la déclamation de Brunet dans l’émission Celui qu’on appelle Homère)

Jean-Louis Backès

Gallimard, collection Folio classique  2013

La colère, chante-la, déesse, celle du Pélide Achille.
La pernicieuse, qui aux Achéens donna tant de souffrances
Et qui jeta dans l’Hadès tant de fortes âmes
De héros ; eux-mêmes, elle en fit la pâture des chiens
Et des oiseaux. La décision de Zeus s’accomplissait,
Depuis que d’abord s’opposèrent en querelle
L’Atride prince des hommes et Achille le Divin.

Qui des dieux les affronta dans le combat et la querelle ?
Le fils de Létô et de Zeus. Irrité contre le roi, c’est lui
Qui lança sur l’armée un mal vilain ; les peuples mourraient,
Parce que Krysès, son prêtre, avait été offensé
Par l’Atride ; il était venu vers les bateaux légers des Achéens
Pour délivrer sa fille, apportant une énorme rançon ;
Il tenait en main les rubans d’Apollon Flèche-Lointaine
Sur un bâton doré ; il priait tous les Achéens
Et surtout les deux Atrides, qui mettent les troupes en ordre.

« Atrides, et vous autres Achéens aux cnémides,
Que vous donnent les dieux dont le logis sur l’Olympe
de démolir la ville de Priam et de bien rentrer chez vous.
Délivrez ma fille que j’aime, recevez cette rançon,
Ayez égard au fils de Zeus, Apollon Flèche-Lointaine.»
Alors tous les Achéens d’un cri approuvèrent
Qu’on respecte le prêtre et qu’on accepte la rançon superbe,
Mais l’Atride Agamemnon dans son cœur en eut du déplaisir ;
Vilainement il le chassa, ajoutant ce mot dur :
« Que je ne te revoies pas, vieil homme, près des bateaux creux,
Maintenant, si tu traines, plus tard, si tu reviens ;
Ne compte pas sur ton bâton, ni sur les  rubans du dieux.
Elle, je ne vais pas la lâcher ; avant que Vieillesse la prenne
Dans notre maison, en Argos, loin de sa patrie,
Elle ira travailler au métier et coucher dans mon lit.
Allez, va, ne m’énerve pas, si tu veux revenir sauf.»

Il dit. Le vieil homme eut peur et se soumit à sa parole.
Il allait sans un mot sur le bord de la mer au ressac.
Et quad il fut très loin, il pria, le vieil homme,
le prince Apollon, qu’enfanta Létô (elle a de beaux cheveux) :
« Ecoute-moi, Arc d’Argent, toi qui protèges Krysè,
Et la sainte Killa -et ton pouvoir est fort sur Ténédos-
Smintheus ; si jamais j’ai construit un temple qui te plaise,
Si jamais j’ai pour toi brûlé des cuisses grasses
De taureaux et de chèvres, exauce mon voeu.
Que tes flèches aux Danaens fassent payer mes larmes.»

 

Les Années 30

Pascal Blanchard et Farid Abdelouahab – Les années 30, et si l’histoire recommençait ? – La Martinière 2017.

Ce beau livre rempli de photos nous plonge dans les années 30 et pose la question du bégaiement de l’histoire. Il analyse cette période au travers des crises économiques ; des populismes et de la montée des fascismes mais aussi du colonialisme et des impérialismes.

Les commentaires sont passionnants car ils démontent les mécanismes et font le parallèle avec notre époque. Cela fait un peu froid dans le dos car il y a beaucoup de ressemblances : le populisme porté par Doriot en France était antisémite et celui de Le Pen antimulsuman ; Mussolini a été considéré comme un clown en arrivant au pouvoir, même réaction pour Trump ; la guerre en Syrie est mise en parallèle de la Guerre d’Espagne… Le livre fourmille d’analogies, tout en mettant le doigt sur les rares différences.

 

Martin Eden

Jack London – Martin Eden, traduit par Françoi Kerline – Phébus 2010.

Jack London a longtemps été catégorisé écrivain  pour la jeunesse et connu à travers les seuls Croc Blanc et L’appel de la Forêt que je n’ai pas lus. Toute son œuvre a été réévaluée à partir des années 80 avec de nouvelles traductions de ses livres proposées par Phébus. J’ai choisi Martin Eden, considéré comme relativement autobiographique. Ce livre n’est pas strictement  une autobiographique, quoique le héros se suicide comme le fera London, mais nous offre une parcours assez proche de celui qu’à connu l’auteur.

Martin Eden est un jeune marin de 20 ans qui a pas mal bourlingué. Pour avoir sauvé la mise d’un jeune bourgeois, il est invité à diner en remerciement. Le jeune homme tombe raide amoureux de Ruth Morse, la fille de la maison. Le décalage entre Martin qui vient des quartiers pauvres et les Morse est énorme, mais il va tout faire pour s’élever au niveau de Ruth qui passe sa licence.

La relation commence à sens unique, Ruth est d’abord assez indifférente ; elle lui passe quelques livres mais se moque un peu de ses gouts et de son manque de culture. Martin consacre tout son temps et ses économies à lire et s’éduquer. Il repart en mer le temps de se refaire quelques réserves et, à son retour, continue sa quête.

Alors que Ruth s’est ouverte à son amour, il se met en tête de devenir écrivain et commence à écrire, énormément, jour et nuit, et soumet en vain des nouvelles et crevant la faim. Son obstination n’est pas comprise, ni par sa famille, ni celle de Ruth.

La jeune fille ne comprend et n’apprécie pas ses écrits réalistes qui choquent son âme bourgeoise et finit par rompre juste avant que le succès fasse signe. Un premier essai accepté ouvre les portes des éditeurs et des revues et Martin peut faire éditer tous les textes qu’il avait écrit. Ce succès lui apporte énormément d’argent qu’il distribue à sa famille et ceux qui l’ont accompagné et soutenu dans ses années de galère, mais il génère aussi une amertume de voir que ce sont les textes qui lui ont été refusé qui sont maintenant acceptés et encensés.

Ce livre aborde beaucoup de thèmes mais ce n’est pas un livre optimiste. Je n’ai pas tout suivi sur les différences des écoles de pensées et les littérateurs qui émeuvent Martin Eden mais j’ai apprécié son ouverture aux nouvelles idées et son engagement. C’est roman très social où London décrit aussi bien les bourgeois que les prolétaires, avec de beaux spécimens, l’enfermement de chacun dans sa vision de la société et l’impossible communicabilité entre eux.

Vanille par Christophe Adam

Christophe Adam, un des chefs médiatiques, nous régale dans sa boutique consacrée aux éclairs. Il est aussi l’auteur d’un petit livre autour de la vanille qui vient après les livres thématiques sur le citron, la pomme, la fraise…

Le service de presse a bien fait son boulot et appâte les pâtissiers amateurs avec des bonnes feuilles qui prennent la forme d’un recette. C’est ainsi que Fou de Pâtisserie a pu offrir 3 recettes dans son numéro de rentrée 2018 : un entremet, un flan et un cake.

Le flan est pour 10 personnes et a la particularité de ne pas contenir d’œufs (normalement c’est une crème pâtissière cuite au four). La recette est plutôt simple, surtout si on ne fait pas la pâte feuilletée, il faudra que je le teste.

Cherchez l’erreur…

L’entremet vanille praliné semble prometteur jusqu’à ce qu’on se penche sur sa composition : 3 kg pour 6 personnes, il y a forcément un problème quelque part et ce n’est pas une bonne pub ! Il faudrait que je vérifie si le livre donne bien les mêmes proportions, mais les différentes recettes de Christophe Adam que j’ai pu voir dans FDP sont souvent aussi délirantes…

Photo officielle

J’ai pu tester le cake vanille pavot qui donne un résultat intéressant avec son appareil à financier (sans jaune d’œufs).

Les proportions de la recette sont correctes mais j’ai du doubler le temps de cuisson, et il aurait pu rester encore un petit peu au four. Chaque four est différent et les temps de cuisson peuvent être ajustés mais au bout de 30 minutes, la pâte était encore très liquide. Je donne ici la recette telle qu’elle a été diffusée mais à vous de voir, il faut sans doute au moins 180°C et prolonger la cuisson au delà de 30 minutes.

Cake vanille pavot

Pour quatre à six personnes

Ingrédients

L’appareil à cake financier vanille

  • 210 g de sucre glace
  • 105 g de farine T55 + pour le moule
  • 2,5 g de levure chimique
  • 2 g de sel fin
  • 105 g de poudre d’amandes
  • 2 gousses de vanille
  • 150 g de beurre doux + pour le moule
  • 90 g de miel d’acacia
  • 230 g de blancs d’œufs (7 gros blancs ou 8 petits)
  • 3 g d’extrait de vanille
  • 150 g de graines de pavot.

Le glaçage :

200 g de sucre glace, 35 g de blancs d’œufs (1 gros blanc), le jus d’1/2 citron jaune, les graines de 2 gousses de vanille, 5 g de poudre de vanille.

Préparation

L’appareil à cake. Préchauffer le four à 165° C. Tamiser le sucre glace, la farine, la levure chimique et le sel. Les mélanger à la poudre d’amandes. Fendre et gratter les gousses de vanille et incorporer les graines aux poudres.

Faire fondre le beurre dans une petite casserole jusqu’à obtenir a couleur noisette et le verser sur le miel. Reverser cette préparation sur les poudres, puis ajouter les blancs d’œufs, l’extrait de vanille et les graines de pavot. Mélanger bien le tout.

Verser la pâte dans un moule à cake beurré et fariné d’environ 18 cm de long. Faire cuire au four pendant 30 min.

Le glaçage. Pendant le temps de la cuisson, préparer le glaçage en mélangeant tous les ingrédients. J’ai loupé mon glaçage, il faut effectivement le préparer à l’avance pour qu’il ne soit pas trop liquide.

Quand le cake est cuit, le démouler et le filmer pour le garder bien moelleux. Le laisser refroidir dans le film à température ambiante. Quand il est froid, retirer le film, le poser sur une grille et verser dessus le glaçage. Laisser figer à température ambiante avant de déguster tiède ou froid.

Pas trop éloigné du modèle, Miam.

Couleurs de l’incendie

Pierre Lemaitre – Couleurs de l’incendie – Albin Michel 2018.

Suite de Au revoir là-haut. Alors que les arnaques du premier volume étaient jubilatoires, la vengeance conçue dans ce roman parait un peu factice et pas très crédible. Certes, l’histoire de Monte-Christo, ou de  Mathias Sandorf qui en est une très bonne imitation, ne l’étaient sans pas plus ; mais ces romans étaient portés par une ampleur romanesque qui manque ici.

Le roman commence par la tentative de suicide de Paul le jour de l’enterrement de son grand-père, Marcel Péricourt. Madeleine hérite ; son indifférence fait des frustrés et des jaloux, et ces délaissés vont combiner sa ruine.
Déclassée, Madeleine met en place une machination pour se venger de tous ceux qui sont la cause de sa déchéance ou qui ont blessé son fils.
Sur cette trame, le roman ajoute des personnages et une trame secondaires liés au fiston, fou d’opéra.

Ce roman est tout à fait lisible, mais après Au revoir là-haut, il parait très faible, peu original.

La guerre de Troie a bien eu lieu… mais ailleurs

Iman Wilkens – La guerre de Troie a bien eu lieu mais ailleurs, traduit par Jacques Guiod – Plon 2017.

Ce livre nous propose une théorie celtique des récits homériques. Cela pourrait être un canular joyeux et érudit et j’ai souvent ri au cours de ma lecture. Toutefois, son positionnement en opposition au « discours établi », contre la « thèse dominante » défendue par les « Autorités » le fait prendre au sérieux ; c’est donc un ouvrage de rebelle que nous avons là !

Cet ouvrage est préfacé par Franck Ferrand, ce qui est censé lui ouvrir la crédulité du lecteur français. Je me suis déjà demandé quelle était la légitimité de Ferrand, déjà préfacier d’un autre livre sur Alésia et défenseur de « thèses historiques à contre-courant » : il n’a même pas l’excuse d’être un amateur plus ou moins éclairé à la Lorant Deutsch, sa biographie le présente comme historien, écrivain, journaliste, animateur radio mais je crois que c’est plutôt un humoriste refoulé.
Et pour faire bonne mesure, ce spécialiste de la blague pas drôle ajoute une bonne dose de théorie du complot puisqu’il défend des auteurs contre l’adversité du mandarinat académique….
Cet ouvrage édité par Plon n’est pas passé inaperçu dans la blogosphère comme en témoigne le hashtag #PublieChezPlon, avec quelques pépites.

L’auteur en revanche n’est pas historien, ni spécialiste de la littérature grecque, mais a sans doute une grande culture. Il cite beaucoup d’auteurs antiques ou classiques qu’il interprète à sa façon pour faire correspondre leurs textes à sa vision des choses. Il se base notamment sur les écrits de Geoffroy de Monmouth qui a repris, au XIIe siècle, la légende faisant remonter les rois anglais à Enée, par son petit-fils Brutus (il y avait une théorie équivalente pour les rois de France). Et cette théorie sert de base à l’argumentation qui place Troie en Angleterre, vers Cambridge. L’Iliade et l’Odyssée, récits qui datent de près de 30 siècles, sont de belles légendes qui ont peut-être une origine historique avec des luttes entre peuples locaux, mais il y a suffisamment de fantastique dans ces épopées pour ne pas chercher à les faire coller à une réalité avérée. Sinon, il faut aussi croire à l’existence des dieux grecs, de leurs facéties et leur rivalités.

Le raisonnement de ce livre est curieux comme peut en témoigner la citation suivante, bel exemple de mauvaise foi où ce qui est valable pour les uns ne l’est pas pour les autres :

Il est très difficile de brosser un tableau exact de l’histoire des Celtes à partir de leur littérature : c’est en effet un mélange typique de mythes et de réalité, auquel s’ajoute les siècles séparant la composition orale de la version écrite. Cela entrave sérieusement toute analyse rigoureuse et systématique des sources écrites comme celle appliquée dans ce livre aux épopées homériques. Ces dernières mêlent aussi mythe et réalité mais elle ont le grand avantage d’avoir été transmises oralement de manière métrique, puis écrites dès le VIIIe siècle.

Une concession à la réalité est faite avec le massacre des prétendants par Ulysse : « il y a de bonnes raisons de croire que le massacre n’a jamais eu lieu et que c’est une allégorie, un avertissement aux hommes de peu de volonté, » mais alors pourquoi donc ne pas considérer l’entièreté de ces ouvrages avec le même critère ?

Regardons d’un peu plus près cette thèse.
L’Iliade raconte les combats des Achéens et Danaens contre les Troyens et l’Odyssée le long voyage d’Ulysse, habituellement situé en Méditerranée puisqu’il s’agit de récit du monde grec. Et bien, non, ce n’est pas du tout cela : les descriptions d’Homère ne collent pas à la Méditerranée car il évoque des marées et des couleurs maritimes (« la mer vineuse« ) qui ne collent pas avec l’image que l’on se fait de cette mer.
D’ailleurs qui sont les Achéens ? Ils peuvent sans doute être assimilés aux Hyksos, les fameux « peuples de la mer », et l’auteur va plus loin en en faisant des Celtes et prend pour preuve qu’Homère décrit des habitudes celtes. D’ailleurs, Homère parle de « l’illustre Galatée », mère des Celtes.

Et ces Celtes qui ont envahi ce qui sera la Grèce ont rebaptisé les fleuves et villes de leurs nouveaux territoires d’après les noms de leur pays d’origine, avec un raisonnement à faire crier des philologues, et qui m’a fait tout simplement rire. Par exemple, la mer d’Hellé correspond à la mer du Nord et on retrouve cette origine « Hellé » dans Hellegat (Hollande), Houlgate, Brocéliande (bro hellean), Elbeuf, Helsinki et même dans Helvétie ; The Bow à Londes tient son nom d’Apollon (à l’arc d’argent) et le fleuve Temese ne peut être que la Tamise.

Avec force conviction, cette théorie situe donc Troie près de Cambridge, plus précisément aux Gog et Magog Hills et prend pour preuve que la Cam qui longe ces collines tient son nom directement du fleuve Scamandre. Et la cause de la guerre de Troie est tout simplement une rivalité commerciale pour le monopole du commerce de l’étain.
Toute une géographie se met en place : la Thrace correspond au Lincolnshire ; la mer d’Hellé correspond à la mer du Nord, la Phrygie à la Frise (Phrygos est frère d’Hellé et fils de Orchomene qui à donné son nom à Orchy en Ecosse et aux Orcades) ; Lesbos n’est autre que l’ile de Wight…
Et bien sûr, nous retrouvons les noms des personnages au travers des siècles, ainsi Phorcys le Phrygien devient Forsythe, les Forbes descendent de Forbas le Troyen et les Alister d’Alastor…

Les différents royaumes cités par Homère trouvent naturellement leur place : Homère ne parle pas des pyramides donc l’Egypte est ailleurs, en Seine-Maritime et baignée par la Seine qui est le Nil (on retrouve le nom du Nil dans Ménilmontant ou Miromesnil) ; Argos correspond à l’Eure ; la Crête n’est autre que la Scandinavie, pour preuve Cnossos correspond à Knøsen au Jutland, et Mycènes a été rebaptisée Troyes par Agamemnon ; Achille règne sur les Pays-Bas et Agamnenon lui a offert la Rhénanie. Quant à Ulysse, il vient de Cadix et Sparte ne peut être que dans les monts Esparteros au Sud-est de Séville.

Agamemnon présente bien des qualités que les Français recherche toujours chez leurs dirigeants. Il attache une grande importance à la gloire, au prestige et au pouvoir tant spirituelle que matériel. C’est un égoïste extraverti qui aime parler pour impressionner, manipuler et dominer ses sujets.

CQFD

Et donc l’Odyssée part d’Angleterre pour aller à Cadix. Ulysse passe par Ys pas encore engloutie ; les Lotophages sont au Sénégal ; les Cyclopes au Cap Vert ; les Lestrygons à Cuba ; Calypso aux Açores ; les Phéaciens à Lanzarote ; Scylla ne peut être que dans les iles Scilly ; Charybde en Cornouailles à St Michael Mount.
Circé réside dans le delta du Rhin en Zélande et plus précisément à Zierkzee ; c’est une prêtresse gnostique qui fait du périple d’Ulysse un voyage initiatique et son nom se retrouve dans church ou kirke.

Je me console en pensant que l’on aurait pu avoir encore pire avec une vision maçonnique de ces épopées ou une variation sur la théorie du « grand remplacement » avec une immigration achéenne qui avait pour seul but d’abattre les valeurs ancestrales des Troyens !

La tâche

Philip Roth – La tâche, traduit par Josée Kamoun – Gallimard 2002.

Quand Philip Roth est mort, cet été, on a célébré un des plus grands écrivains américains. Je n’avais rien lu de lui, Portnoy ne me tentait pas mais je me rappelle que La Tâche avait eu un bonne critique et un certain succès.

Je n’ai pas accroché à ce roman, j’ai même cru que j’allais le lâcher avant la fin. J’ai trouvé que c’était assez confus, lourd mais je reconnais que les personnages nous disent quelque chose de l’Amérique des années 1980.

Coleman Silk, ancien doyen de l’Université d’Athena a déclenché une polémique dans son université pour avoir traité des absentéistes de zombies. Comme ces étudiants étaient noirs, l’affaire a tourné en scandale raciste. Lâché par ses amis et ses collègues, Silk a préféré démissionner. Sa femme étant décédée à cette période, il garde une rancœur tenace envers tout son ancien univers. Le roman est raconté par Nathan Zuckerman, un écrivain voisin contacté par Silk pour raconter cette histoire, leur relation amicale va s’estomper petit à petit mais Zuckermann finira pas enquêter un peu plus sur le bonhomme.

Les rumeurs sur Silk reprennent à cause de sa liaison avec Faunia, une femme de ménage « illettrée » qui travaille à l’université. Cette jeune femme, qui exerce une étrange fascination sur Silk, est séparée d’un mari violent, ancien du Viet-Nam ; a perdu ses enfants dans un incendie. Le parcours de Faunia est assez intéressant mais le point fort de ce livre est celui de Les, son mari, avec les tentatives de réhabilitation du vétéran.

Pour compenser les secrets de Faunia, on apprend celui de Silk qui est né « homme de couleur », a fréquenté les milieux sportifs juifs dans sa jeunesse, a réussi à se faire passer pour blanc en s’engageant et a préféré renier sa famille pour garder ce privilège. J’aurais tendance à penser que c’est un salaud égoïste et hypocrite et ses péripéties paraissent banales auprès de celles de Faunia et Les Farley.

 

 

Gabriële

Anne et Claire Berest – Gabriële – Stock 2017.

Après Van Gogh, le hasard des lectures me replonge dans la peinture avec ce livre sur le couple Picabia. Cette biographie passionnante nous fait partager une dizaine d’années de la vie d’un couple hors-normes.
Ce récit au style très enlevé, très agréable à lire, est raconté par les arrières-petites filles du couple qui éclairent ce récit avec des petites touches d’histoire personnelle.

Gabriële Buffet, jeune compositrice qui cherche à inventer de nouvelles expressions musicales, rencontre Francis Picabia en 1908. C’est un dandy, fils de famille qui mène grand train, reconnu comme peintre impressionniste. Gabriële devient sa muse, « Gabriële et Francis n’existent pas l’un sans l’autre » et leur rencontre marque une rupture pour Picabia qui devient cubiste. En même temps, elle s’efface devant cet enfant gâté bipolaire qui ne peut s’épanouir sans elle : « Francis a besoin d’une mère, d’une amante, d’une muse, d’une pute, d’une compagne cérébrale. »

Ce récit nous plonge dans le tourbillon de leur vie, les rencontres fusionnelles avec Duchamp ou Apollinaire, l’évolution de la vie artistique du début XXe à Paris ou New York, de l’Armory show de 1913 qui lance l’art contemporain à New York, du début du dadaïsme…

Ce couple a une relation étrange et exclusive, au détriment de ses enfants. Ce récit s’arrête en 1919, à la séparation du couple mais Gabriële continuera à côtoyer Duchamp, Kandinsky, Tzara, Arp…

Ce récit passionnant qui raconte la création de nombreuses peintures m’a fait google-iser les œuvres de Picabia, en voici quelques unes.

Bord du Loing à Moret – 1908
Port de Naples – 1912
Danse à la source – 1912
Udnie – 1913
Edtaonisl – 1913
Chanson nègre – 1913
Mariage comique – 1914
Impétuosité française – 1914
Elle corrige – 1915 (Portrait de Gabriële)
La musique est comme la peinture – 1916
Portrait de Marie Laurencin – 1917
Réveil matin – 1919
Duchamp – Nu descendant un escalier – 1912

Grégoriens

Un nouvelle recette de Bredele, livre que que je n’ai pas fini d’épuiser ! Toute simple et adaptée à la saison.

Grégoriens - fours secs

Grégoriens

Pour 25 biscuits

Ingrédients

  • 200 g farine
  • 2 cc levure chimique
  • 50 g amandes en poudre
  • 100 g sucre roux
  • 1 sachet sucre vanillé
  • 1 CS épices à pain d’épices
  • 120 g beurre
  • 1 oeuf pour dorer
  • 50 g amandes effilées pour le décor

Instructions

  1. Mélanger la farine, la levure et la poudre d’amande
  2. Ajouter le sucre, les épices et 2 CS d’eau.
  3. Ajouter le beurre froid coupé en morceaux et pétrir
  4. Si la pâte colle, laisser reposer au frais 1 h.
  5. Abaisser sur 5 mm et découper à l’emporte-pièces
  6. Dorer à l’œuf et décorer avec les amandes effilées
  7. Enfourner 10 min à 180° C

Régalez-vous !

 

Frère d’âme

David Diop – Frère d’âme – Seuil 2018.

Ce roman était dans la liste finale de pas mal de prix littéraires mais n’a pas été couronné. C’est dommage car c’est un superbe livre, avec une écriture magnifique. [edit: ce roman a été couronné par le Goncourt des Lycéens]

Ce roman ancré dans la Guerre de 14-18, est centré sur Alfa Ndiaye et Mademba Diop, tirailleurs sénégalais embarqués dans la grande boucherie. Alfa est obsédé par la mort de son « presque frère » blessé lors d’une attaque ; il l’accompagne durant son agonie mais ne peut se résoudre à l’achever et ce refus le ronge.

La vengeance d’Alfa, d’abord bien accueillie, se transforme en folie et finit par révulser son capitaine qui le renvoie vers l’arrière pour s’en débarrasser.

Le récit des combats, de l’utilisation des « sauvages » pour effrayer les Allemands, du cynisme de l’officier sont dignes des grands romans sur les tranchées. Ce livre a l’originalité de se transformer en conte africain et donne à cette histoire un côté mythologique, universel.

 

Caravage à Rome

Caravage à Rome, amis et ennemis. Musée Jacquemart André jusqu’au 28 janvier 2019.

J’ai déjà raconté ma découverte du Caravage et la confrontation avec son œuvre. Je suis toujours aussi admiratif et je ne voulais pas louper cette expo qui nous présente une dizaine de ses peintures, toutes magnifiques.

L’expo nous accueille avec cette sublime Judith. Dans chaque salle, les peintures du Caravage surpassent celles de ses contemporains et pourtant il y a des choses intéressantes qui sont présentées.

La beauté du Joueur de luth, le sourire rayonnant du St Jean Baptiste sont hypnotisant,  le St Jérôme du Caravage côtoie celui de Gentileschi, le Christ d’Ecce homo affiche un sérénité surnaturelle et l’expo offre deux représentations de St François que j’aurais eu du mal à attribuer au Caravage. Les dernières toiles montrent l’évolution de son style avec des clairs-obscurs qui donnent plus de part aux ombres, un style qualifié de ténébrisme et illustré par Le souper d’Emmaus.

Bien entendu, je recommande cette expo ! Même si les salles du musée Jacquemart-André sont vite combles, j’ai toujours pu regarder les œuvres dans de bonnes conditions.  Et pour découvrir le personnage, je recommande la biographie de Fernandez, La chute de l’ange.

Judith et Holopherne -1599-1602
Le joueur de luth – 1595/96
Le jeune St Jean Baptiste – 1602
St Jérome – 1606
Ecce Homo – 1605
Le souper à Emmaus – 1601
St François en méditation – 1606

Dans la forêt

Jean Hegland – Dans la forêt, traduit par Josette Chicheportiche – Galmeister 2017.

Ce livre mêle roman écologique et roman d’apprentissage dans une ambiance post-apocalyptique. C’est intéressant, même si j’ai moins aimé la fin, et j’ai eu un gros coup de cœur sur le style, assez dense.

Nell et sa soeur Eva vivent seules dans une maison éloignée de tout, au milieu d’une forêt de Californie ; Nell se consacre à ses études en espérant rejoindre Harvard alors qu’Eva s’entraîne pour rejoindre le ballet de San Francisco. La situation devient bizarre quand on sait qu’il n’y a plus d’électricité, qu’elles sont coupées du monde car il n’y a plus de carburant. Et d’ailleurs le monde n’est pas enviable car une épidémie a touché la population et des troubles violents ont transformé la ville en cauchemar.

L’histoire est racontée par Nell qui consigne leur quotidien dans un cahier, évoque leur vie d’avant et l’évolution de leur relation. Après une première période de sidération, la vie s’organise dans l’espoir de pouvoir revenir rapidement à la situation antérieure. L’arrivée d’un ancien camarade donne une espoir de départ mais Nell renonce et préfère rester avec sa sœur. Eva tombe enceinte après avoir été violée par un rôdeur et les deux sœurs passent d’un monde de consommation de produits extérieurs à une production locale pour palier le manque de ressources.

La confrontation de deux caractères opposés et complémentaires, l’une planificatrice, l’autre insouciante, va créer des tensions, des rivalités qui seront difficilement surmontées mais la solidarité sera plus forte et nos deux ermites vont se créer un nouveau monde à elles, inspiré des expériences des anciens Indiens.

Le récit post-apocalyptique est intéressant et crédible, il illustre une bonne critique de la société d’hyperconsommation. A mon avis, la fin est un peu trop moralisatrice ; la robinsonnade tend vers le conte philosophique et perd en crédibilité, avec des passages totalement irréalistes.