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Le grand marin

Ce roman nous entraîne à la suite de Lili, petite française qui fuit Manosque pour se réfugier sur l’île de Kodiak en Alaska, avec l’envie d’aller encore plus loin.

Elle trouve à embarquer sur le Rebel, malgré son statut de clandestin, et participe à la pêche à la morue. Cette pêche se fait avec des palangres, longues lignes avec hameçons, et le roman nous plonge dans la vie infernale des pêcheurs qui travaillent jour et nuit pour finir la campagne sans rien toucher. Cette vie est exaltante pour Lili et certains de ses compagnons mais m’a parue d’une violence extrême, liée au rythme de travail, à l’effort physique, aux blessures, à la tension qui se dégage.
Lilli est complètement subjuguée par ce milieu et rêve d’aller pêcher le crabe en mer de Bering. C’est la promesse d’une campagne apocalyptique dans la mer glacée qui résonne avec le côté autodestructeur du personnage.

Sur le bateau, elle côtoie Jude, le « grand marin », et l’escale tourne en histoire d’amour. Jude va partir pêcher à Hawaii mais Lili, malgré tout, préfère garder son indépendance et revient sur Kodiak.
A l’issue d’une autre campagne où elle se blesse, Lili végète à terre et se mêle à la faune d’anciens marins et de vrais paumés qui hantent le port. Cette plongée assez glauque dans un monde d’ivrognes, de clochards et de drogués sans espoir plombe bien le roman.

J’ai énormément apprécié le début de ce roman, soutenu par un style sec, rapide, qui colle bien avec l’histoire. Le roman commence à tirer en longueur avec l’idylle, pas très romantique, et la dernière partie est beaucoup moins prenante.

Catherine Poulain – Le grand Marin – Points Seuil 2017

Cookies Ferrandi

Et une nouvelle recette de cookies, un peu différents des précédentes, qui donne une recette croustillante mais assez légère, dont la garniture peut sans doute être modifiée (j’essaierai bien avec des raisins au lieu du chocolat noir).

Cette recette est un nouvel essai du livre Ferrandi ; je les ai sans doute faits moins gros  que la recommandation (à mon goût !) et j’ai pu façonner une 40e de pièces.

cookies - chocolat - Ferrandi

Il nous faut :

  • 160 g de beurre pommade
  • 160 g de sucre casonade
  • 50 g d’œuf (1)
  • 1 gousse de vanille
  • 250 g de farine
  • 3 g de levure chimique
  • 40 g d’éclats de chocolat noir (carrés ou pistoles hachées)
  • 120 g d’éclats de chocolat blanc
  • 25 g d’amandes effilées

cookies - chocolat - Ferrandi

Malaxer le beurre et le sucre (à la maryse, comme la recette originale, ou au robot, comme moi), ajouter l’œuf et la vanille et travailler le mélange.

Ajouter la farine et la levure tamisées puis les chocolats et les amandes.

Faire un boudin de 3 à 5 cm de large, filmer et réserver 1/2 heure au frigo.

cookies - chocolat - FerrandiCouper des tranches de 1 cm (grand maxi), les répartir sur une plaque recouverte de papier sulfurisé.

Et faire cuire 12 minutes dans un four préchauffé à 180°C.

Laisser refroidir sur une grille avant de déguster.

cookies - chocolat - Ferrandi
Miam !

[Edit] La version aux raisins fonctionne bien ! remplacer le chocolat noir par les raisins secs (on peut augmenter la quantité de 50 à 70 g) et éventuellement diminuer le sucre de 15 à 20 g selon les raisins. Faire gonfler les raisins avant de les intégrer dans la préparation (j’ai pris l’option 1 grosse CS de rhum), le reste est identique.

Tant que nous sommes vivants

tant que nous sommes vivantsBo et Hama travaillent dans la même usine, l’un de jour, l’autre de nuit. Ils  sont tombés amoureux au premier coup d’œil et ce roman commence par une belle histoire d’amour fou dans un monde triste et engourdi.

Cet amour fusionnel connait sa première épreuve quand l’usine explose et que Hama perd ses mains. La rumeur charge Bo de la responsabilité des malheurs de la communauté, ses projets sont rejetés et le couple fuit cette ville devenue hostile. La suite est plus onirique, flirte avec le conte philosophique et donne une belle leçon de vie sans avoir la lourdeur des feel-good books.

Hama donne naissance à Tsell et la famille est recueillie par une drôle de tribu qui va les héberger et leur faire prendre conscience de leurs peurs et de leurs désirs profonds. Bo s’épanouit à la forge mais il accepte de repartir avec Hama.
La famille trouve son refuge, Tsell grandit et tout bascule quand arrivent des soldats. Tsell découvre un autre monde, la guerre et surtout tombe amoureuse de Vigg alors que le couple de ses parents éclate. A son tour, elle fait le chemin inverse avec Vigg et trouve elle aussi sa voie.

Ce roman est une belle surprise : un joli style, une histoire forte sans être pesante avec des personnages attachants, même les seconds rôles.

Anne-Laure Bondoux – Tant que nous sommes vivants – Gallimard 2016

Underground Railway

2226393196 - Colson - Underground railwayLe roman d’esclavage est un genre bien connu : Racines, Jubilee ou La chanson de Salomon nous font vivre ce système d’un autre âge. Ce roman est différent et original car il est basé sur l’odyssée de Cora, esclave qui fuit sa plantation de Georgie.

La plantation de coton où travaille Cora n’est pas un havre de paix mais la situation empire avec le changement de propriétaire. Après avoir hésité, elle accepte de suivre Caesar dans sa fuite où il rejoint le réseau du chemin de fer clandestin. Ce réseau devient un vrai chemin de fer souterrain ; cette invention qui tire vers le fantastique permet de resserrer l’histoire sur Cora.

Elle arrive en Caroline du Sud où la société libérale qui accepte les Noirs cherche en fait à les éliminer ; l’étape suivante est la Caroline du Nord d’où les Noirs sont bannis et où Ridgeway l’impitoyable chasseurs d’esclaves la capture. Le parcours passe ensuite par le Tennessee puis l’Indiana avant d’ouvrir vers l’Ouest.

Chaque étape permet d’évoquer la vie des esclaves, de questionner sur l’acceptation des Noirs, le racisme et résonne curieusement avec la période actuelle, ce qui donne la force et l’intérêt de ce roman.

Colson Whitehead – Underground Railroad, traduit par Serge Chauvin – Albin Michel 2017

L’enfant perdue

Ferrante - Amie prodigieuseEt voilà, fin du 4e et dernier tome de cette série. Je le referme avec la satisfaction d’avoir découvert un univers romanesque de grande qualité et un auteur à suivre.

Nous avions quitté Elena en pleine crise amoureuse avec Nino, avec un volume moins dense mais rempli de ses hésitations. Elle va au bout, malgré la difficulté du divorce, et s’installe à Naples alors que Nino, toujours marié, assume sa double vie. Son installation à Naples la rapproche de Lila qui la met pourtant en garde contre son amant ; leur amitié se renforce encore quand elles tombent toutes deux enceintes en même temps et qu’Elena revient dans son quartier après avoir chassé Nino. Tout semble réussir à Lila, les affaires marchent bien ; toujours opposée au Solara, elle devient un modèle dans le quartier et sa fille Tina est inséparable d’Imma, la fille d’Elena. Au pied du mur, Elena ressort un manuscrit qui est publié et lui redonne confiance. Sa carrière d’auteur reprend avec plus de force et elle se met à écrire sur Naples et sur les Solara ; mais cette période idyllique va se terminer avec la disparition de Tina.

Ce livre est plus âpre que les précédents et la dernière partie montre la dérive de Lila après la disparition de sa fille. Elle devient le fantôme d’elle même, perd son influence, se fâche avec son entourage. Elena est encore présente pour elle mais leur relation est plus tendue, moins fusionnelle. Et tandis que Lila s’enlise, Elena s’épanouit dans son succès professionnel qu’elle mène de front avec sa vie de mère, pas toujours facile. Pendant ce temps, les Solara et de nombreux amis disparaissent, la drogue et la violence s’imposent, la cavale de Pasquale s’achève. Elena quitte Naples au bout de quelques années et sa relation avec Lila va s’épuiser.

Cette quadrilogie est une superbe fresque de l’Italie contemporaine où chacun déroule son destin sur un fond historique toujours présent mais jamais pesant. La vie de ce quartier nous permet de suivre les personnages depuis leur enfance jusqu’à leur épanouissement ou leur fin tragique. Les caractères se dessinent sur le long terme : Elena, jeune femme moderne qui se coule dans un rôle traditionnel d’épouse avant de de libérer et de vivre sa carrière tout en ayant une relation pas très simple avec ses filles ; Nino, le bellâtre inconsistant et opportuniste ; Adele, la bourgeoise de gauche accrochée à ses considérations de classe ; Pietro, l’intellectuel écrasé par le modèle famillial ; Pasquale, héritier d’une révolte qu’il cherche à transcender… et bien sûr Lila, qui reste énigmatique : est-elle un ange ou un démon et au final qu’en est-il de leur amitié ?

Elena Ferrante – L’amie prodigieuse 4, l’enfant perdue, traduit par Elsa Damien – Gallimard 2018

Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu

MAi 68 - rotmanEt c’est parti pour la célébration de 68 ! on va nous sortir tous les anciens combattants qui ont 50 ans de plus (Cohn-Bendit trouve que ces célébrations accusent son âge) et qui ont eu de belles carrières, bien implantés dans les médias ou la politique. On ne parlera sans doute pas des OS de Renault.

Mis au fait c’est quoi 68 ? je l’ai vécu en culotte courtes, je n’en ai donc aucun souvenir si ce n’est des vacances supplémentaires et une rumeur de désordre. Ce petit livre de Patrick Rotman écrit il y a 10ans, retrace le contexte et les évènements de ce mois de mai qui s’est prolongé jusqu’en juin. L’opuscule se lit bien, est intéressant et redonne le contexte intellectuel et politique. Le beau livre sur les années 68 insiste un peu plus sur le contexte international, détaille les évènements et surtout offre un vaste choix d’illustrations qui nous replongent dans  ces années : actualité, mode, culture, pop…

Mai 68,ce ne sont pas 10 semaines, mais 10 années qui ont changé la société française.

La triple crise universitaire, sociale et politique est à situer dans un temps qui commence avec la fin de la guerre d’Algérie et se termine avec les crises des années 70, liées au 1er choc pétrolier. Mai 68 n’est pas que français ; la contestation était générale, liée au réveil du tiers-monde, à la guerre du Viet-Nam mais aussi à la « revendication hédoniste d’un droit de vivre selon son plaisir et non selon la morale dictée par les bonnes mœurs. »

En France, le prologue se déroule à Nanterre où Cohn-Bendit fout le bordel mais c’est à la Sorbonne que les évènements débutent le 3 mai où le trublion et ses camarades passent en conseil de discipline. Les policiers ramassent les étudiants venus manifester dans la cour de la Sorbonne, une contre-manif d’Occident est attendue et tend l’ambiance. Les choses dégénèrent avec les premières brutalités policières qui suscitent un mouvement étudiant qui devient barricades le 10 mai, avec le soutien de la population.
Le 13 mai, les syndicats s’y mettent et on aura 7 millions de grévistes. La CGT suit le mouvement par peur d’être débordée par la CFDT et les gauchistes (PSU).

Le pouvoir réagit mal, De Gaulle, en opposition avec ses ministres, veut mater le désordre et l’interdiction de séjour de Cohn-Bendit, le 22 mai, relance le mouvement étudiant. De Gaulle parle le 24 mai, sans succès, et la modération cesse de part et d’autre, mais Les occupations des locaux et les excès des étudiants vont leur faire perdre le soutien de la population.

Pompidou est convaincu que la négociation est la seule fois possible pour sortir de la crise, il donne rendez-vous aux syndicats et au patronat rue de Grenelle. Le patronat cède rapidement sur une augmentation du SMIC de 33 %, la CFDT obtient la représentation des syndicats dans les entreprises et la CGT qui bloquait les accords cède par crainte du succès de la manifestation de Charletty. Malgré tout, les accords de Grenelle ne suffiront pas pour faire reprendre le travail, Renault ne reprend que le 17 juin et Citroën le 24.

Le 29 mai, De Gaulle fait son escapade à Baden Baden (fatigue  coup de bluff ?), cède à Pompidou qui exige la dissolution et les élections de juin seront un raz-de-marée gaulliste mais la rupture est consommée entre De Gaulle et Pompidou qui ne sera pas renommé 1er ministre.

Mai 68 n’est pas un révolution ratée mais une réforme réussie

La suite c’est la réforme de l’Université d’Edgar Faure, l’héritage d’un gauchisme politique, l’émancipation des femmes et la transformation des rapports parents-enfants, la contre-culture. Rorman analyse de façon assez détaillée les differentes mouvances gauchistes, des tentations communistes sans stalinisme à la fascination maoïste, et leur devenir.

Patrick Rotman – Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, entretien avec Laurence Devillairs – Le Seuil 2008
 Patrick Rotman, Charlotte Rotman – Les années 68 – Le Seuil 2008

Celle qui fuit et celle qui reste

Ferrante - amie prodigieusePlaisir de lecture renouvelé avec ce troisième tome de « L’amie prodigieuse ».

Elena se consacre à la promotion de son roman, plutôt bien accueilli, découvre les mouvements gauchistes et s’ouvre un peu à la politique. Elle a beau vivre chez ses parents, elle s’éloigne de son milieu d’origine et ne revient vers Lila que tardivement.

Pendant ce temps, toujours hébergée par Enzo, Lila continue son travail harassant  dans l’usine de salaisons et finit de s’épuiser en portant les revendications dans son entreprise, ce qui l’amène face à Michele Solara. A l’initiative de Pasquale, elle rencontre Nadia Galiani et ses amis gauchistes et met ces bourgeois devant la réalité sociale. Lila démissionne et décide de rentrer dans son quartier alors qu’Enzo se lance dans l’informatique.

Elena se marie et s’installe à Florence où Pietro est nommé professeur. Toujours sous l’influence de la belle-mère Adele et de sa belle-soeur Maria-Rosa, elle tombe dans la routine, élève ses deux filles et n’arrive plus à écrire alors que Pietro est renfermé, un peu butor, mal vu de ses collègues et de ses étudiants. A l’occasion d’un séjour à Naples, elle découvre que sa jeune sœur Elisa s’est mise avec Marcello Solara et que Lila, avec qui elle n’a que des relations épisodiques, est devenue un as en informatique.
Elena a croisé plusieurs fois la route de Nino, celui-ci se lie d’amitié avec Pietro, motive Elena à réécrire, devient intime du couple et l’amant d’Elena.

Le roman intègre les développements politiques de l’Italie des années 60-70, les mouvements gauchistes, les tentations révolutionnaires, le terrorisme et la lutte contre les fachistes. Ce bruit de fond vient s’intégrer avec plus ou moins de force dans les histoires des différents personnages et permet de dresser un portait sensible de l’Italie. Chaque personnage continue d’évoluer, les relations entre eux et avec leur environnement sont décrites avec toujours autant de finesse.

Elena Ferrante –  L’amie Prodigieuse 3, Celle qui fuit et celle qui reste, traduit par Elsa Damien – Gallimard 2017

Entremet ganache

Une recette de l’école Ferrandi, publiée dans le très beau livre « Pâtiserie » dont je reparlerai.
Pour le dessert de Pâques, je voulais un gâteau au chocolat et joli, j’ai été satisfait !


L’idée est assez simple : une génoise chocolat garnie et entourée de ganache. La recette est professionnelle mais pas trop compliquée et surtout très bien dosée ; on trouve plein alternatives, j’essaierai bien cette recette de l’atelier des chefs.

La préparation

Pour 8 parts généreuses
La génoise et la ganache peuvent se préparer la veille

Génoise chocolat

  • 100 g de sucre
  • 150 g d’œufs (3)
  • 50 g de farine
  • 30 g de fécule de maïs
  • 1,5g de levure chimique
  • 20 g de cacao en poudre

Au bain-marie, mélanger au batteur le sucre et œufs jusqu’à 45°C.
Mettre dans le bol du robot et continuer de fouetter hors du feu jusqu’au complet refroidissement.

Tamiser les poudres et les incorporer à l’aide d’une maryse pour ne pas faire retomber la préparation.

Verser dans un moule ou un cercle beurré et fariné de 20 cm (22 ça doit marcher aussi).
Lisser le dessus et enfourner à 200°C pendant 25 minutes.

Ganache

  • 220 g de crème liquide 35%
  • 60 g de glucose
  • 300 g de chocolat noir (la recette dit 50 %, j’ai utilisé le 66% que j’avais, le résultat est très chocolaté mais super bon !)
  • 60 g de beurre

Faire bouillir la crème et le glucose
Verser sur le chocolat coupé en morceaux, ajouter le beurre en dés et mélanger jusqu’à l’obtention d’une ganache.

Laisser refroidir en remuant de temps en temps pour que le beurre s’incorpore bien.
En réserver 200 g pour le glaçage

Sirop entremet chocolat

  • 110 g d’eau
  • 100 g de sucre
  • 20 g de cacao en poudre

Dans une casserole, mettre à chauffer les ingrédients, laisser refroidir

Glaçage

  • 200 g de ganache
  • 80 g de glucose

Faire chauffer dans une casserole à 35°

Le montage

Couper la génoise en 3 parties égales à l’aide d’un couteau scie.

Recouvrir le premier disque de 150 g de ganache ; si la découpe n’est pas bien régulière et que ce premier disque est un peu épais, l’imbiber légèrement de sirop.
Recouvrir du 2e disque que l’on imbibe avec le sirop et recouvre de 150 g de ganache.
On recommence avec le 3e disque : on le met à l’envers si le dessus est trop cabossé (la finition en sera plus réussie), imbiber de sirop et utiliser le reste de ganache pour recouvrir le dessus et masquer les côtés.

Mettre 30 minutes au frais (congel c’est parfait).

Placer l’entremet sur une grille, verser le glaçage dessus. Il est assez compact, il ne dégouline pas partout.

Laisser prendre le glaçage avant de servir, ce dessert sera meilleur servi à température, la ganache ne sera pas dure.

Et voilà le résultat dans l’assiette

Miam

Les mémoires d’un chat

mémoires d'un chat - ArikawaPourquoi donc faut-il associer les chats à la la mièvrerie générale ? Il suffit d’une illustration de chaton (oh, il est trop meuuugnon !) pour qu’aussitôt se déclenchent des torrents de sentimentalisme.
La couverture du livre fait craindre le pire, du genre Legardinier, le roman est dégoulinant de bons sentiments mais n’a pas tous les travers de la chick lit.

Satoru recueille Nana, un chat errant. Tout semble bien aller et le chat est content de son sort mais au bout de quelques temps, Satoru tente de le refiler tour à tour à Kôsuké, Yoshiminé, Sugi et Chikako avant de débarquer chez sa tante Noriko.

Les trois tentatives avec ses amis d’enfance permettent de retracer leur jeunesse, de révéler les secrets enfouis et de les libérer. Quand Saruto arrive enfin chez sa tante Noriko, qui a peur des chats, on comprend pourquoi il cherchait à placer son chat. Bien sûr, Nana va se faire adopter par la tante et lui enlever sa peur. Là encore, la présence de Saruto et de Nana déclenche une thérapie et l’histoire termine presque bien.

Ce roman tient du feel good book, il est un peu simplet mais se laisse lire car le chat a un sacré caractère (un vrai chat : câlin, exigeant, indépendant et parfois mal embouché).

Hiro Arikawa – Les mémoires d’un chat, traduit par Jean-Louis de la Couronne – Actes Sud 2017

4321

Paul Auster - 4321 - Actes SudSi Auster a commencé avec des livres courts, il s’est rattrapé depuis et ce pavé fait quand même 1000 pages. Il demande un peu de temps, il n’est pas toujours facile à suivre, mais c’est un sacré bouquin et un bel exercice de style.

Ce roman retrace les vies de Ferguson, jeune écrivain juif new-yorkais. J’ai bien écrit « les vies » car ce livre offre quatre romans qui s’imbriquent et racontent différentes possibilités de développement du personnage. C’est une expérience de lecture assez troublante et qui m’a fait souvent revenir en arrière ou relire tel ou tel passage : le roman ne donne pas 4 récits successifs qui raconteraient une histoire avec des variantes mais nous les livre en parallèle au fur et à mesure des chapitres. Et pour pimenter le tout, les personnages annexes sont souvent les mêmes, mais eux aussi avec des histoires ou des relations à Ferguson différentes.

Le père de Ferguson développe l’affaire où il a embauché ses frères, ou pas, ou différemment ; et la vie de la famille va connaitre un destin différent à chaque fois. Nous suivons le jeune Ferguson au long de sa scolarité jusqu’à l’université, nous partageons ses passions pour le basket ou le base-ball (et ça prend de la place, et même un peu trop), ses amours et celles de sa famille, ses tentatives d’écriture et de développement professionnel.

Le procédé littéraire est habile, le dernier chapitre donne quelques clés supplémentaires ; la réussite de ce livre est aussi de donner et faire vivre le contexte social et politique des années 50 et 60 : les droits civiques, les révoltes de Newark ou Columbia, la guerre du Viet-Nam…
Je referme de livre avec regret et je l’ajoute à ma liste des livres à relire.

Paul Auster – 4321, traduit par Gérard Meudal – Actes Sud 2018