Vie de ma voisine

Ce roman a beau évoquer un sujet terrible, il dégage un incroyable optimisme, une force positive qui nous entraîne.

L’auteur rencontre une voisine qui a le même intérêt qu’elle pour Charlotte Delbo. Elles sympathisent, deviennent amies. L’intérêt de ce livre tient dans la personnalité de Jenny qui a surmonté le départ de ses parents et qui s’est battue toute sa vie ; le style est aussi inéteressant, avec un récit où le « moi » peut concerner l’une ou l’autre des protagonistes.

Eugénie Plocki est née à Paris de parents juifs polonais qui  ont fui leur pays en quête de liberté. Soutenus par leur idéal, Rivka et Nuchim mènent une vie très simple, ouvriers puis vendeurs ambulants. Ils ont deux enfants né en France en 25 et 28, donc français grâce à une loi de 1927. Le récit évoque les lois antijuives qui leur font perdre leur gagne-pain, le port de l’étoile jaune, la montée des rafles jusqu’à celle du 16 juillet 42, la rafle du Vel d’hiv.

Tôt le matin, les policiers emmènent la famille. Après une attente interminable que les parents utilisent pour transmettre un maximum de choses à Jenny et son frère Maurice, un commissaire permet aux enfants français de repartir. Les parents de Jenny sont les seuls à faire partir leurs enfants, et les sauver.

Rivka , qui a appris à sa fille à ne pas croire au père Noël, ni à la petite souris, ni à Dieu ni à diable, mais seulement  l’amour, à la lutte et à la liberté, lui apprend en deux heures à être une femme libre, une femme indépendante.

Avec beaucoup de pudeur, Geneviève Brissac évoque le retour dans l’appartement vide, la concierge qui pille, les menaces et l’attente du retour mais aussi les secours et la protection apportés par les parents de son amie ou le joailler qui a pris son frère en apprentissage. Elle ne s’appesantit pas, ce qui donne un récit juste et très poignant.

Jenny réussit à continuer les études malgré tout et obtient son bac. Après guerre, elle s’engage auprès des communistes mais ne supporte pas leur esprit chauvin et se rapproche des trotskistes en même temps qu’elle devient institutrice, militante de la méthode globale et des pédagogies nouvelles.

Jenny a un sacré tempérament et tout sa vie semble structurée par les principes moraux  que lui ont donnés ses parents dont la force morale s’exprime jusque dans le dernier message, écrit dans le wagon qui les emmenait vers les camps, où son père dit encore à ses enfants « vivez et espérez. »

Geneviève Brisac – Vie de ma voisine – Grasset 2017

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