La guerre de Troie a bien eu lieu… mais ailleurs

Iman Wilkens – La guerre de Troie a bien eu lieu mais ailleurs, traduit par Jacques Guiod – Plon 2017.

Ce livre nous propose une théorie celtique des récits homériques. Cela pourrait être un canular joyeux et érudit et j’ai souvent ri au cours de ma lecture. Toutefois, son positionnement en opposition au « discours établi », contre la « thèse dominante » défendue par les « Autorités » le fait prendre au sérieux ; c’est donc un ouvrage de rebelle que nous avons là !

Cet ouvrage est préfacé par Franck Ferrand, ce qui est censé lui ouvrir la crédulité du lecteur français. Je me suis déjà demandé quelle était la légitimité de Ferrand, déjà préfacier d’un autre livre sur Alésia et défenseur de « thèses historiques à contre-courant » : il n’a même pas l’excuse d’être un amateur plus ou moins éclairé à la Lorant Deutsch, sa biographie le présente comme historien, écrivain, journaliste, animateur radio mais je crois que c’est plutôt un humoriste refoulé.
Et pour faire bonne mesure, ce spécialiste de la blague pas drôle ajoute une bonne dose de théorie du complot puisqu’il défend des auteurs contre l’adversité du mandarinat académique….
Cet ouvrage édité par Plon n’est pas passé inaperçu dans la blogosphère comme en témoigne le hashtag #PublieChezPlon, avec quelques pépites.

L’auteur en revanche n’est pas historien, ni spécialiste de la littérature grecque, mais a sans doute une grande culture. Il cite beaucoup d’auteurs antiques ou classiques qu’il interprète à sa façon pour faire correspondre leurs textes à sa vision des choses. Il se base notamment sur les écrits de Geoffroy de Monmouth qui a repris, au XIIe siècle, la légende faisant remonter les rois anglais à Enée, par son petit-fils Brutus (il y avait une théorie équivalente pour les rois de France). Et cette théorie sert de base à l’argumentation qui place Troie en Angleterre, vers Cambridge. L’Iliade et l’Odyssée, récits qui datent de près de 30 siècles, sont de belles légendes qui ont peut-être une origine historique avec des luttes entre peuples locaux, mais il y a suffisamment de fantastique dans ces épopées pour ne pas chercher à les faire coller à une réalité avérée. Sinon, il faut aussi croire à l’existence des dieux grecs, de leurs facéties et leur rivalités.

Le raisonnement de ce livre est curieux comme peut en témoigner la citation suivante, bel exemple de mauvaise foi où ce qui est valable pour les uns ne l’est pas pour les autres :

Il est très difficile de brosser un tableau exact de l’histoire des Celtes à partir de leur littérature : c’est en effet un mélange typique de mythes et de réalité, auquel s’ajoute les siècles séparant la composition orale de la version écrite. Cela entrave sérieusement toute analyse rigoureuse et systématique des sources écrites comme celle appliquée dans ce livre aux épopées homériques. Ces dernières mêlent aussi mythe et réalité mais elle ont le grand avantage d’avoir été transmises oralement de manière métrique, puis écrites dès le VIIIe siècle.

Une concession à la réalité est faite avec le massacre des prétendants par Ulysse : « il y a de bonnes raisons de croire que le massacre n’a jamais eu lieu et que c’est une allégorie, un avertissement aux hommes de peu de volonté, » mais alors pourquoi donc ne pas considérer l’entièreté de ces ouvrages avec le même critère ?

Regardons d’un peu plus près cette thèse.
L’Iliade raconte les combats des Achéens et Danaens contre les Troyens et l’Odyssée le long voyage d’Ulysse, habituellement situé en Méditerranée puisqu’il s’agit de récit du monde grec. Et bien, non, ce n’est pas du tout cela : les descriptions d’Homère ne collent pas à la Méditerranée car il évoque des marées et des couleurs maritimes (« la mer vineuse« ) qui ne collent pas avec l’image que l’on se fait de cette mer.
D’ailleurs qui sont les Achéens ? Ils peuvent sans doute être assimilés aux Hyksos, les fameux « peuples de la mer », et l’auteur va plus loin en en faisant des Celtes et prend pour preuve qu’Homère décrit des habitudes celtes. D’ailleurs, Homère parle de « l’illustre Galatée », mère des Celtes.

Et ces Celtes qui ont envahi ce qui sera la Grèce ont rebaptisé les fleuves et villes de leurs nouveaux territoires d’après les noms de leur pays d’origine, avec un raisonnement à faire crier des philologues, et qui m’a fait tout simplement rire. Par exemple, la mer d’Hellé correspond à la mer du Nord et on retrouve cette origine « Hellé » dans Hellegat (Hollande), Houlgate, Brocéliande (bro hellean), Elbeuf, Helsinki et même dans Helvétie ; The Bow à Londes tient son nom d’Apollon (à l’arc d’argent) et le fleuve Temese ne peut être que la Tamise.

Avec force conviction, cette théorie situe donc Troie près de Cambridge, plus précisément aux Gog et Magog Hills et prend pour preuve que la Cam qui longe ces collines tient son nom directement du fleuve Scamandre. Et la cause de la guerre de Troie est tout simplement une rivalité commerciale pour le monopole du commerce de l’étain.
Toute une géographie se met en place : la Thrace correspond au Lincolnshire ; la mer d’Hellé correspond à la mer du Nord, la Phrygie à la Frise (Phrygos est frère d’Hellé et fils de Orchomene qui à donné son nom à Orchy en Ecosse et aux Orcades) ; Lesbos n’est autre que l’ile de Wight…
Et bien sûr, nous retrouvons les noms des personnages au travers des siècles, ainsi Phorcys le Phrygien devient Forsythe, les Forbes descendent de Forbas le Troyen et les Alister d’Alastor…

Les différents royaumes cités par Homère trouvent naturellement leur place : Homère ne parle pas des pyramides donc l’Egypte est ailleurs, en Seine-Maritime et baignée par la Seine qui est le Nil (on retrouve le nom du Nil dans Ménilmontant ou Miromesnil) ; Argos correspond à l’Eure ; la Crête n’est autre que la Scandinavie, pour preuve Cnossos correspond à Knøsen au Jutland, et Mycènes a été rebaptisée Troyes par Agamemnon ; Achille règne sur les Pays-Bas et Agamnenon lui a offert la Rhénanie. Quant à Ulysse, il vient de Cadix et Sparte ne peut être que dans les monts Esparteros au Sud-est de Séville.

Agamemnon présente bien des qualités que les Français recherche toujours chez leurs dirigeants. Il attache une grande importance à la gloire, au prestige et au pouvoir tant spirituelle que matériel. C’est un égoïste extraverti qui aime parler pour impressionner, manipuler et dominer ses sujets.

CQFD

Et donc l’Odyssée part d’Angleterre pour aller à Cadix. Ulysse passe par Ys pas encore engloutie ; les Lotophages sont au Sénégal ; les Cyclopes au Cap Vert ; les Lestrygons à Cuba ; Calypso aux Açores ; les Phéaciens à Lanzarote ; Scylla ne peut être que dans les iles Scilly ; Charybde en Cornouailles à St Michael Mount.
Circé réside dans le delta du Rhin en Zélande et plus précisément à Zierkzee ; c’est une prêtresse gnostique qui fait du périple d’Ulysse un voyage initiatique et son nom se retrouve dans church ou kirke.

Je me console en pensant que l’on aurait pu avoir encore pire avec une vision maçonnique de ces épopées ou une variation sur la théorie du « grand remplacement » avec une immigration achéenne qui avait pour seul but d’abattre les valeurs ancestrales des Troyens !

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